(Investir au Cameroun) – La Commission de la CEMAC traverse une crise financière aiguë. À Malabo, lors de la séance plénière du Parlement communautaire tenue le 16 février 2026, le vice-président de la Commission, présentant le Rapport général sur le fonctionnement et l’évolution de la Communauté au titre de l’exercice 2025, a dressé un constat de rupture : la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principale ressource de l’organisation, n’est pas régulièrement rétrocédée par les États membres, ce qui assèche la trésorerie.
En 2025, sur 51,9 milliards FCFA attendus, seuls 31,09 milliards FCFA ont été effectivement mobilisés, soit un taux de recouvrement de 59,9 %. Le Cameroun et le Gabon sont les seuls États à dépasser le minimum égalitaire, tandis que les autres pays n’affichent aucun versement. Cette sous-exécution a mécaniquement gonflé les impayés, désormais estimés à 263,5 milliards FCFA, au détriment de la capacité opérationnelle de l’institution et de la mise en œuvre des projets intégrateurs.
Dans le détail, la part du Cameroun s’élève à 59,9 milliards FCFA, soit environ 23 % du total des arriérés (22,75 %). Le pays figure ainsi parmi les principaux contributeurs au stock d’impayés, derrière la République centrafricaine (61,8 milliards FCFA), mais devant le Congo (52,2 milliards FCFA), le Tchad (49,1 milliards FCFA), la Guinée équatoriale (34,1 milliards FCFA) et le Gabon (6,1 milliards FCFA). Le rapport plaide pour un durcissement du cadre de collecte : « La mise en œuvre stricte du mécanisme autonome de recouvrement de la TCI constitue un impératif stratégique pour garantir la soutenabilité financière de la Communauté ». Il estime le potentiel de mobilisation compris entre 45 % et 55 %.
Un verrou budgétaire qui freine réformes et projets intégrateurs
La question du financement s’impose comme le principal point de friction du projet communautaire. « Le financement de la Communauté demeure cependant le principal obstacle à la réalisation du mandat communautaire », relève le rapport. Il attribue les retards à un faisceau de facteurs : arriérés persistants, faiblesse du recouvrement autonome de la TCI et tensions de trésorerie, qui « ont freiné la mise en œuvre de nombreuses actions ».
Le document avertit que « sans une mobilisation pleine et entière des États membres, le rythme des réformes restera en deçà des ambitions politiques affichées ». Il note des progrès sectoriels, mais souligne un impact contraint par des capacités institutionnelles inégales et la lenteur des déclinaisons nationales. Et appelle à un recentrage : « Il est désormais essentiel de renforcer la coordination entre États, de dérationaliser les priorités et de recentrer les efforts sur les projets intégrateurs à fort potentiel socioéconomique ».
Suspension provisoire des activités jugées non stratégiques
Face à la dégradation continue de la trésorerie, la Commission a enclenché un dispositif d’urgence. Dans une correspondance signée le 5 février 2026, son président, Baltasar Engonga Edjo’o, a annoncé la suspension provisoire des activités et missions jugées non stratégiques. La décision vise à préserver le fonctionnement minimal de l’institution, dans l’attente d’un rétablissement des flux de ressources.
TCI : un recouvrement qui fragilise l’architecture financière
Instaurée dans l’ensemble des États membres, la TCI est une taxe d’affectation spéciale destinée au financement du processus d’intégration régionale. Intégrée au tarif douanier communautaire, elle s’applique aux importations de produits en provenance des pays tiers, à hauteur de 1 % de leur valeur.
En théorie, elle constitue la ressource propre de la Communauté ; en pratique, son recouvrement irrégulier fragilise son architecture financière. Le rapport insiste sur l’enjeu de mise en œuvre : « La CEMAC dispose aujourd’hui d’un socle institutionnel renforcé, de cadres stratégiques modernisés et d’une vision clairement définie. La réussite des prochaines étapes dépendra notamment d’une part, de la mise en œuvre effective par les organismes communautaires des engagements qui leur incombent, et d’autre part de la volonté des États membres à appliquer pleinement les décisions adoptées, à soutenir financièrement les institutions et à s’approprier davantage le projet communautaire. »
Amina Malloum



