Scène frappante : c’est en France, et non au Cameroun, qu’un éminent chirurgien camerounais vient d’être élevé au rang de membre associé de l’Académie nationale de chirurgie, l’une des plus prestigieuses institutions scientifiques du monde.
Le professeur Maurice Aurélien Sosso, ancien recteur de l’Université de Yaoundé I, récolte à Paris les honneurs qu’il n’a jamais pleinement reçus dans son propre pays, malgré plus de 142 publications reconnues à l’international.
Un de ses anciens étudiants lâche, amer : « Comment se fait-il qu’on attende que la France l’applaudisse pour nous rappeler sa valeur ? ».
Cette reconnaissance extérieure ne révèle-t-elle pas un malaise plus profond au Cameroun ?
Une consécration mondiale… mais un silence assourdissant à Yaoundé
Le 5 novembre 2025, le Pr Sosso reçoit une correspondance de Paris : il est officiellement élu membre associé de l’Académie nationale de chirurgie, fondée en 1731.
Un cercle fermé qui distingue les savants ayant marqué leur discipline de manière exceptionnelle.
Pourtant, au Cameroun, cette nouvelle a été accueillie avec une étonnante discrétion.
Aucun hommage national, aucune cérémonie digne de son parcours, aucune reconnaissance institutionnelle comparable à celle reçue en France.
Un professeur de médecine confie :
« Le Pr Sosso est un géant de la chirurgie. On cite son nom à Harvard, pas seulement à Yaoundé… Mais ici, on préfère attendre que d’autres nous disent qu’il est brillant. »
Un symbole, une fois de plus, du complexe de validation externe qui ronge notre pays : ce n’est “méritoire” que lorsque c’est applaudi ailleurs.
Pourquoi faut-il la France pour confirmer la valeur des Camerounais ?
Le parcours du Pr Sosso parle de lui-même :
- ancien recteur de l’Université de Yaoundé I,
- spécialiste de chirurgie reconnu,
- plus de 142 publications internationales,
- formateur de générations de médecins,
- contributeur majeur aux débats éthiques sur la médecine africaine.
Il aurait amplement mérité une reconnaissance officielle dans son propre pays.
Mais les faits sont têtus : c’est en France qu’on le sélectionne, qu’on lui ouvre les portes d’une institution séculaire, qu’on l’intègre parmi les références mondiales de la chirurgie.
Un médecin de l’hôpital central souffle :
« Quand on finit par l’honorer en France, tout le monde se réveille ici comme si c’était une grande surprise. Non, ce n’est pas du jeu. »
Cette réaction collective souligne un malaise profond :
Pourquoi le Cameroun peine-t-il autant à valoriser ses propres compétences ?
Entre prestige international et manque de reconnaissance nationale
Ironie du sort : pendant que Paris lui déroule le tapis rouge, le Pr Sosso avait déjà été sollicité, à plusieurs reprises, pour rejoindre l’Académie… mais il avait refusé, préférant assumer ses fonctions publiques au Cameroun.
Un patriotisme discret, mais réel.
Il partira à la retraite en janvier 2024, après trente années d’enseignement et douze ans à la tête de l’Université de Yaoundé I.
Et depuis 2025, il exerce comme chef supérieur de Wouri Sandje, conciliant science, tradition et ancrage culturel.
Son intronisation à Paris, saluée comme un événement historique pour la diaspora scientifique camerounaise, met en lumière une vérité dérangeante :
le Cameroun possède des génies, mais c’est le monde qui les honore.
Un cadre du ministère de la Santé glisse :
« Un cerveau comme celui du Pr Sosso, on en profite à satiété ailleurs. Chez nous, on fait semblant de le découvrir. »
L’élévation du Pr Maurice Aurélien Sosso à l’Académie nationale de chirurgie de France honore le Cameroun… mais révèle un malaise collectif : pourquoi faut-il que Paris célèbre nos élites pour que nous reconnaissions leur valeur ?
Le pays saura-t-il enfin valoriser ses compétences avant que le monde ne le fasse à sa place ?



