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Cemac : la hausse des créances douteuses au Gabon (+31,4 %) et au Cameroun (+14,5 %) alourdit le risque bancaire


(Investir au Cameroun) – Au cours de l’année 2024, le volume de créances douteuses dans le portefeuille des banques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) – Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA – a atteint 1 536 milliards de FCFA, en hausse de 6,3 % sur un an, selon le rapport 2024 de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Le régulateur définit ces créances comme des « crédits bancaires de toute nature, même assortis de garanties, qui présentent un risque probable de non-recouvrement total ou partiel ».

En 2024, cette catégorie représente « la part la plus importante des créances en souffrance dans la Cemac, avec 75,9 % du total de cet agrégat, contre 76,9 % un an plus tôt », précise le rapport. Autrement dit, la part des créances douteuses recule légèrement dans l’ensemble des créances en souffrance (crédits n’ayant pas été remboursés à l’échéance prévue), mais elles demeurent le principal facteur de dégradation des portefeuilles bancaires, en grande partie du fait de l’insolvabilité des emprunteurs gabonais et camerounais.

Selon la Cobac, le volume de créances douteuses au Gabon a bondi de 31,4 % en 2024 en variation annuelle, soit une progression quatre fois plus rapide que celle de l’ensemble des créances en souffrance dans la Cemac (+7,7 % sur la même période). Au Cameroun, la hausse est plus modérée, à 14,5 % en glissement annuel, mais traduit une insolvabilité plus marquée des emprunteurs camerounais que congolais. Au Congo, le volume de créances douteuses n’augmente en effet que de 5,6 % en 2024, tandis qu’il recule au Tchad (-11 %), en Guinée équatoriale (-5,4 %) et en République centrafricaine (-15,1 %).

Suprématie du Cameroun et du Gabon sur le marché du crédit

Cette évolution contrastée des créances douteuses reflète en partie la structure du réseau bancaire de la sous-région. Le Cameroun concentre à lui seul 34 % du réseau, avec 19 banques opérationnelles en 2024 sur un total de 56 établissements recensés dans la Cemac. Le Congo et le Tchad disposent chacun de 10 banques, représentant 17,8 % du réseau pour chacun de ces pays.

Le Gabon, qui ne compte que huit banques actives en 2024 (14,3 % du réseau), dispose pourtant du marché du crédit le plus dynamique après celui du Cameroun. Entre juillet et septembre 2024, ces deux pays cumulent à eux seuls 80 % du volume global des nouveaux crédits octroyés par les banques de la Cemac, selon le rapport sur les taux débiteurs publié par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). « Par pays, les crédits octroyés par les établissements de crédit du Cameroun ont représenté 67,45 % du total des nouveaux crédits de la Cemac, suivi par le Gabon, dont le total des crédits distribués a représenté 12,60 % du total des nouveaux crédits de la Cemac, contre respectivement 62,9 % et 16,17 % un an plus tôt », indique le document.

Ce poids dominant sur le marché du crédit implique une exposition accrue au risque de non-remboursement pour les banques camerounaises et gabonaises. Il contribue mécaniquement à l’augmentation du volume des créances non remboursées dans ces deux économies, qui tirent vers le haut l’indicateur agrégé de la sous-région.

Insuffisance des dispositifs de gestion des risques

Au-delà de cette concentration géographique du risque, la BEAC attribue la hausse des crédits bancaires non remboursés dans la Cemac à des facteurs à la fois structurels et conjoncturels.

Sur le plan structurel, la banque centrale pointe l’insuffisance des dispositifs de gestion des risques et de gouvernance au sein des établissements. Elle reproche aux banques de privilégier la dimension commerciale au détriment d’une analyse rigoureuse du risque de crédit, ce qui fragilise la qualité globale des portefeuilles.

Sur le plan conjoncturel, la BEAC souligne la fragilisation des équilibres budgétaires des États de la Cemac et les baisses sporadiques de l’activité économique. Cette configuration se traduit par une accumulation d’arriérés de paiement de factures par les États, mettant en difficulté de nombreux prestataires publics, le plus souvent des entreprises elles-mêmes endettées auprès des banques. L’effet de chaîne conduit ces emprunteurs à se retrouver en défaut de paiement, alimentant la progression des créances douteuses dans l’ensemble de la zone.

Brice R. Mbodiam

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