(Investir au Cameroun) – Entre 2019 et 2023, la part des grumes — bois brut — dans les exportations globales du Cameroun a été réduite de moitié, passant de 8 % à 4 %. C’est l’un des enseignements du rapport d’évaluation à mi-parcours de la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), publié par le ministère de l’Économie.
Selon le document, le recul des grumes a été compensé par une progression plus soutenue des exportations de bois transformé, en particulier le bois scié. « (…) Le cacao en fèves représente le quart des exportations hors hydrocarbures. Ce produit est suivi par le bois scié, qui représente entre 14 et 16 % des exportations hors hydrocarbures. On peut noter avec satisfaction que le bois transformé rapporte davantage que le bois en grume, dont la part tend à décliner, passant de 8 % en 2019 à 4 % en 2023 », souligne le rapport.
Cette évolution traduit l’orientation stratégique des pouvoirs publics, qui visent à accroître la transformation locale du bois et à réduire progressivement les exportations de grumes, dans la perspective de l’interdiction des ventes de bois brut attendue dans l’espace Cemac — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA — au plus tard en 2028.
Cap sur la transformation locale
Pour préparer les exploitants forestiers à cette échéance et les orienter vers la deuxième et la troisième transformation, l’État camerounais a engagé un durcissement graduel de la fiscalité sur les exportations de grumes et sur les sciages issus de la première transformation. Sur la période 2017-2024, le droit de sortie des grumes est ainsi passé de 17,5 % à 75 % de la valeur FOB de l’essence exportée.
Calculées en valeur relative, ces revalorisations successives inscrites dans les lois de finances correspondent à une hausse globale d’environ 350 % de la taxation des exportations de grumes. La pression fiscale sur les sciages de première transformation a progressé de manière plus modérée : +165 % entre 2016 et 2023, selon les estimations du Groupement de la filière bois du Cameroun (GFBC).
À l’inverse, des mesures incitatives ont été introduites pour soutenir la création de valeur locale. Depuis 2023, la loi de finances prévoit une exonération de taxes sur les équipements destinés à la transformation du bois, dispositif reconduit dans les exercices budgétaires suivants. En complément, le gouvernement a annoncé la mise à disposition de deux zones industrielles dédiées à la transformation du bois dans la région forestière et minière de l’Est, pour une superficie totale de 224 hectares.
L’impact de cet arsenal reste toutefois à consolider. Un premier signal positif apparaît dans les statistiques de 2022 : l’Institut national de la statistique (INS) relève une progression des exportations de placages — produits issus d’une transformation plus poussée que le simple sciage. Cette année-là, 57 850 m³ de placages camerounais ont été exportés, soit une hausse de 15 % en glissement annuel.
Brice R. Mbodiam
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