Yango est dans le viseur du ministère des Transports. Dans un communiqué daté du 15 mai 2026, le ministre Jean Ernest Masséna Ngallé Bibéhé a officiellement qualifié la plateforme russe de coupable « en coaction, de la promotion de l’exercice du transport routier clandestin » au Cameroun. Les sanctions tombent, et elles sont immédiates.
Ce que le ministre a décidé, noir sur blanc
Yango hérite d’une amende de 2,5 millions de FCFA. C’est la partie visible. Mais la mise en demeure qui accompagne cette sanction est peut-être plus lourde à porter : l’entreprise dispose de deux mois pour se conformer aux obligations légales d’exercice du transport par taxi au Cameroun, sous peine de fermeture. Durant cette période, elle est contrainte de suspendre de sa plateforme tous les véhicules ne disposant pas des documents requis, à savoir la licence de transport, la carte bleue et le certificat de capacité T.
Le signal est sans équivoque. Yango opère au Cameroun depuis plusieurs années sans jamais avoir régularisé sa situation administrative. Une tolérance tacite qui prend fin.
Les particuliers ne sont pas épargnés. Six propriétaires de véhicules sont nommément cités dans le communiqué : Kamgain Watchueng Daniel Justin, Monkam Tientcheu Jimmy, Fossi Tchinda Franklin, Semengue Omgbwa François, Ngrang Mvemani Linus et Tamze Djukoh Isabel Elvira. Chacun écope d’une amende de 500 000 FCFA, d’une suspension d’immatriculation de trois mois et de l’immobilisation immédiate de son véhicule.
Une plateforme clandestine qui coûte à l’économie camerounaise
Posons la question franchement : pourquoi avoir attendu si longtemps ?
Yango contourne depuis son lancement les règles qui s’imposent aux taxis agréés, aux centrales de radio-taxi et aux transporteurs réguliers. Ces acteurs paient leurs licences, forment leurs chauffeurs, s’acquittent de leurs obligations fiscales. Yango, non. Le résultat, c’est une concurrence déloyale qui fragilise un secteur entier et prive l’État de recettes que personne ne chiffre officiellement, mais qu’on estime substantielles sur une flotte de plusieurs centaines de véhicules actifs à Yaoundé et Douala.
Le décret de 2022 encadrant le transport par plateforme numérique existe. Il n’a jamais été vraiment appliqué, jusqu’ici. Le ministère invite aujourd’hui « les transporteurs clandestins en général » à se conformer sans délai à ce texte, en comptant sur « le civisme et le sens élevé de responsabilité de tous ».
Deux mois. C’est le délai accordé à Yango pour exister légalement au Cameroun, ou disparaître.
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

