un sobriquet devenu patronyme présidentiel


Le nom Biya, celui que porte le président Paul Biya depuis sa naissance, ne serait pas un nom de famille Bulu à l’origine. C’est ce qu’affirme Jean Paul Ntsengue, auteur d’un essai biographique publié en 1983 aux éditions Sopecam. Selon lui, « Biya » est un sobriquet hérité d’un ancêtre, transmis par inadvertance au futur chef de l’État. Une histoire que peu de Camerounais connaissent.

Un surnom né d’une exaspération au village Essanku

Tout part d’un homme nommé Abondo Mengue, ami et cousin du père du président, Étienne Mvondo Assam. Pendant sa jeunesse, Abondo Mengue part vivre chez sa famille maternelle au village Essanku. Là, il exerce à l’excès les droits coutumiers du neveu maternel, ce qu’on appelle chez les Bëti, Bulu et Fang le statut de mönëkál : droit de consommer les biens des oncles, droit de cuissage, liberté totale dans le village maternel.

Ses oncles finissent par craquer.

Excédés, ils lui lancent l’expression « Ayaaa Abondo, biyak ya », qui signifie en bulu « nous sommes rassasiés de toi, de ton désordre ». Avec le temps, cette phrase se résume. Ils se mettent à l’appeler « Biya’a ». Le surnom colle à l’homme, le suit jusqu’à son retour à Mvomeka’a.

Ces informations ont été recueillies auprès du patriarche Raymond Abondo, oncle du chef de l’État, par le Professeur Jacques Fame Ndongo, pour le compte du collectif d’auteurs ayant rédigé l’ouvrage en 1983.

Quand vient le moment de nommer son fils, Mvondo Assam veut honorer la mémoire de son célèbre ami. Mais il a oublié le vrai patronyme. Il ne retient que le surnom. Le bébé est donc enregistré sous le nom de Paul Biya, contraction de Biya’a selon la prononciation bulu.

C’est banal comme mécanisme, et pourtant c’est comme ça que les noms se transmettent parfois dans les familles. Une erreur affectueuse, une mémoire qui flanche, et un sobriquet devient patronyme sur trois générations.

Jean Paul Ntsengue précise que le nom Biya existe par ailleurs chez les Bassa, sans lien avec cette histoire. Son camarade de faculté, l’huissier de justice Maître Pierre Biya, en est un exemple.

On ne sait pas si d’autres sources viennent confirmer ce récit de façon indépendante. L’ouvrage de 1983, préfacé par le président Ahmadou Ahidjo lui-même, reste pour l’heure la référence citée.

Conclusion : Une anecdote de village devenue un fragment d’histoire nationale. Ce que cette révélation change concrètement à la connaissance du Cameroun profond, c’est aux historiens d’en juger.

Alain-Claude Ndom

Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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