Le Colonel Hamad Kalkaba Malboum est décédé le 13 mai 2025 à l’âge de 75 ans. Président du CNOSC, patron de la Confédération Africaine d’Athlétisme, vice-président de World Athletics — son palmarès institutionnel est connu. Mais derrière ces titres vivait un musicien, pionnier discret d’une fusion entre traditions sahéliennes et modernité électrique, dont l’œuvre a traversé les décennies avant d’être redécouverte par le monde entier.
The Golden Sounds — quand Kalkaba jouait les synthétiseurs
On est en 1971. Le Cameroun est un jeune pays indépendant, et une poignée de musiciens décide de faire quelque chose d’inhabituel : moderniser les rythmes traditionnels camerounais à coups de guitares électriques, de synthétiseurs et de boîtes à rythmes, sans couper le lien avec leurs racines.
Hamad Kalkaba Malboum en est. Il rejoint The Golden Sounds aux côtés de Ze Bella, Elamau et André Destin Ndenga. Son terrain d’exploration, c’est le Nord-Cameroun. Les sonorités du Sahel, les rythmes des populations de l’Extrême-Nord — il les prend, les déconstruit, les réassemble.
Dès 1971, le groupe sort le 45 tours Nord-Cameroun Rhythms. Deux titres portent sa signature : Lamido et Astadjam Dada Sare. D’autres morceaux suivent — Touflé, Fou Sé Allah — qui circulent dans les années 1974-1975, sans jamais vraiment dépasser les frontières de la région.
Puis le silence. Kalkaba entre dans une autre vie — l’armée, les institutions sportives, les présidences continentales.
C’est en 2017 que tout remonte à la surface. Le label allemand Analog Africa réédite Hamad Kalkaba and The Golden Sounds 1974–1975, et l’album trouve un public nouveau, en Europe et en Amérique du Nord, parmi les amateurs de world music et de crate diggers. Un héritage artistique que lui-même n’avait probablement pas anticipé.
Deux vies dans un seul homme — et c’est rare
Ce n’est pas courant. Un officier supérieur, dirigeant sportif continental, qui a aussi composé des morceaux explorés par des collectionneurs de vinyles cinquante ans plus tard. Ces deux trajectoires ne se contredisent pas — elles se complètent, et c’est peut-être ce qui rend Kalkaba Malboum difficile à résumer en quelques lignes.
Pourtant, la facette musicale est restée dans l’ombre la majeure partie de sa vie publique. Quand on le citait, c’était pour ses mandats à la CAA, ses positions sur la fuite des talents africains, ses rééélections à fort score. Pas pour Lamido.
Et c’est peut-être là l’essentiel de ce qu’on perd le 13 mai 2025 : un homme qui n’avait pas besoin de choisir entre la discipline et l’art, entre le stade et le studio.
Journaliste sportif pour 237online.com, Jean-Claude Mbida couvre l’actualité du sport camerounais et africain.

