Paul Fokam Kammogne, PDG d’Afriland First Bank, a lâché une phrase qui dérange. Lors d’une récente déclaration, il a pointé du doigt des enseignants camerounais en sciences économiques qui forment les étudiants locaux tout en envoyant leurs propres enfants se former à l’étranger. Une contradiction nommée publiquement. Et ça fait mal.
La phrase qui résume tout
Le Dr. Paul Fokam ne tourne pas autour du pot. Voici ce qu’il a dit, mot pour mot : « J’ai des amis et collègues qui sont professeurs dans les universités camerounaises. Ils enseignent les sciences économiques, mais curieusement, tous ou presque ont envoyé leurs enfants à l’étranger étudier les sciences économiques. Soit je considère que ce qu’ils enseignent aux enfants des autres n’était pas bon, soit ils sont des incompétents. »
Deux options. Aucune flatteuse.
Cette sortie intervient dans un pays où des dizaines de milliers d’étudiants s’inscrivent chaque année dans les universités publiques camerounaises — Yaoundé I, Yaoundé II-Soa, Douala, Dschang — pour des formations en sciences économiques et gestion. Ces mêmes formations que certains de leurs enseignants ont jugé insuffisantes pour leurs propres enfants.
Le chiffre exact n’est pas cité dans la déclaration, mais l’observation du PDG d’Afriland est documentée par des dizaines de cas connus dans les milieux universitaires et les cercles des élites camerounaises.
Un débat ancien qui refuse de mourir
Ce n’est pas la première fois que cette contradiction est évoquée. Mais c’est rarement quelqu’un du rang de Paul Fokam Kammogne qui la nomme aussi brutalement.
Beaucoup de décideurs, d’administrateurs et d’universitaires défendent publiquement les institutions locales. Mais quand vient le moment de choisir pour leurs enfants, ils optent pour Paris, Lyon, Bruxelles ou Montréal. Parfois même pour Dakar ou Abidjan. Le message implicite est difficile à ignorer.
Pourtant, la question ne se réduit pas à une simple hypocrisie individuelle. Elle pose un problème de fond : si ceux qui construisent et font fonctionner le système universitaire n’y font pas confiance, comment ce même système peut-il convaincre les familles camerounaises ordinaires — celles qui n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants ailleurs — que l’enseignement qu’elles reçoivent vaut quelque chose ?
C’est là que la déclaration de Fokam devient vraiment inconfortable. Pas parce qu’elle est fausse. Parce qu’elle est vraie, et que tout le monde le sait.
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

