renvoi au 25 mai au tribunal militaire


Patrick Mengue n’était pas là. Ce lundi, à l’ouverture de sa première audience au Tribunal Militaire de Yaoundé, le box des accusés est resté vide. Motif officiel : « non-extraction du prévenu ». Ses huit avocats, présents et mobilisés, ont dû repartir sans plaider. Le procès est renvoyé au 25 mai 2026.

Un box vide, huit avocats indignés

La scène a frappé les observateurs. Tout était en place — les conseils, la famille, le collectif de soutien — sauf l’essentiel : le prévenu lui-même. Les services pénitentiaires n’ont pas acheminé Patrick Mengue depuis sa cellule de la prison centrale de Kondengui jusqu’au tribunal. Une défaillance administrative, selon la formule consacrée. Mais pour la défense, c’est un obstacle de plus dans un dossier déjà chargé de zones d’ombre.

Huit avocats se sont constitués pro bono pour défendre le jeune homme. Parmi eux, Me Batam Nkolong, qui a publiquement fustigé ce report. Une audience attendue, une salle mobilisée, et au final : rien.

Patrick Mengue est incarcéré depuis son arrestation musclée par des hommes en civil, lourdement armés, qui l’ont conduit au Secrétariat d’État à la Défense — le SED. Pas une brigade de gendarmerie classique. Pas une convocation ordinaire.

Tout est parti d’un post sur les réseaux sociaux. Après le décès du Président du Sénat Marcel Niat Njifenji, Patrick Mengue aurait publié ce commentaire : « Seigneur tu te rapproches déjà de la cible encore un effort stp ». Les autorités y ont vu une menace contre de hautes personnalités de l’État. La machine judiciaire s’est mise en marche immédiatement.

Ce qui s’est passé ensuite est documenté par sa défense. Patrick Mengue aurait été entendu sous procès-verbal sans avocat présent — une violation directe des droits de la défense en phase préliminaire. Ses proches dénoncent des sévices corporels et des traitements inhumains pendant sa garde à vue au SED. Des allégations graves, qui n’ont pas encore fait l’objet d’une réponse officielle des autorités.

Ce n’est qu’après sa mise sous mandat de dépôt à Kondengui que le collectif d’avocats a pu se constituer.

L’audience du 25 mai devra trancher plusieurs questions en même temps : les chefs d’accusation exacts, la régularité de la procédure d’interpellation, et les conditions d’audition au SED. C’est un dossier où la liberté d’expression et la raison d’État se regardent en face — et le résultat sera scruté bien au-delà de Yaoundé.

Alain-Claude Ndom

Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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