Paul Biya n’a pas dit un mot. Ni pour Cavayé Yéguié Djibril, mort le 6 mai après trente-deux ans à la tête de l’Assemblée nationale. Ni pour Marcel Niat Njifenji, longtemps président du Sénat. Ni pour Alexander Dipanda Mouelle, ancien président de la Cour suprême. Trois figures majeures du régime, disparues récemment. Zéro communiqué. Zéro message de condoléances aux familles.
Des serviteurs du régime partis sans un mot du chef
Les faits sont là, difficiles à contourner.
Cavayé Yéguié Djibril a présidé l’Assemblée nationale de 1992 à 2025 — trente-deux ans. C’est lui qui a supervisé la révision constitutionnelle de 2008, celle qui a supprimé la limitation des mandats présidentiels et ouvert à Paul Biya la possibilité de se représenter indéfiniment. Marcel Niat Njifenji, lui, a dirigé le Sénat pendant plusieurs années, garantissant que chaque texte porté par l’exécutif y passait sans accroc.
Quant à Alexander Dipanda Mouelle, son nom reste lié à une phrase restée dans les mémoires : « Mes mains étaient liées. » C’est lui qui avait proclamé Paul Biya vainqueur de la présidentielle de 1992, un scrutin que beaucoup, à ce jour, estiment avoir été remporté par Ni John Fru Ndi.
Trois hommes. Trois piliers. Trois silences présidentiels.
Ce que ce silence dit — ou ne dit pas
C’est un signal difficile à ignorer.
Dans la plupart des États, un chef de gouvernement prend la plume pour saluer la disparition d’un ancien président d’Assemblée ou de Sénat. C’est un minimum protocolaire, indépendant de toute affection personnelle. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute, lui, avait réagi à la mort de Cavayé Yéguié Djibril en quelques heures sur X, saluant « un grand homme qui aura servi l’État avec abnégation ». Paul Biya, rien.
Pourtant, ce silence n’est pas nouveau. Des ministres, des hauts responsables, des Camerounais ordinaires — beaucoup ont connu la même absence de réaction présidentielle après leur décès. C’est une constante, pas une exception.
Deux lectures s’affrontent. La première : un président âgé de 92 ans, peu présent sur les canaux de communication, délègue les hommages officiels à son gouvernement. La seconde, plus tranchante : ces personnalités ont rendu des services au régime, pas à l’État. Et ce régime, visiblement, ne les reconnaît pas au moment de partir.
Aucune de ces deux lectures n’est entièrement satisfaisante. Mais le silence, lui, est réel.
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.



