Il avait volé trois objets. Un sac, une rallonge électrique et un insecticide. Pour ça, Arnaud Ombe Boya Victoire a été tabassé dans les locaux du Sino Mart d’Elig-Edzoa, à Yaoundé. Les faits remontent à environ trois semaines avant la fuite de la vidéo — désormais virale. Un employé de l’enseigne, ayant requis l’anonymat, a accepté de témoigner auprès de 237online.com. Ce qu’il révèle va bien au-delà d’un simple incident.
Un système organisé, présenté dès le recrutement
Ce n’est pas une bavure isolée.
Selon notre source, dès la signature du contrat de travail, les nouveaux employés sont informés d’un accord verbal — absent du contrat officiel. Les règles sont simples et posées comme un préalable à l’embauche : en cas de vol avéré, deux options. Être présenté aux autorités. Ou subir une bastonnade dans l’enceinte de l’entreprise. Ce choix — si on peut appeler ça un choix — conditionne l’accès à l’emploi.
Ce jour-là, Arnaud n’était pas seul. Quatre autres jeunes Camerounais ont subi le même traitement dans les locaux de l’entreprise. L’homme qui frappe est décrit par plusieurs témoins comme habitué à ce type d’interventions.
Mais ce qui choque encore plus dans le témoignage recueilli, c’est ce qui suit les coups. Pendant que les scènes de violence se déroulent, le patron chinois — ou l’un de ses représentants — filme. Les images sont ensuite partagées dans un groupe WhatsApp regroupant plusieurs entrepreneurs chinois installés au Cameroun. Selon notre source, elles y sont regardées avec moqueries et amusement.
La vidéo fuitée de l’intérieur, par un Camerounais qui n’en pouvait plus
C’est un signal clair sur la nature du problème.
Ce groupe WhatsApp comptait aussi des responsables camerounais. Certains d’entre eux, selon notre informateur, ne supportaient plus ces humiliations répétées infligées à leurs compatriotes. C’est finalement l’un d’eux qui a fait fuiter la vidéo — trois semaines après les faits.
Pourtant, la victime elle-même reste silencieuse. Au moment de la diffusion des images, Arnaud travaille déjà dans une autre entreprise. Toutes les tentatives de 237online.com pour le joindre sont restées sans suite. Ses anciens collègues expliquent qu’il refuse de parler : il reconnaît le vol, et sait que les responsables de l’entreprise détiennent les preuves vidéo.
Une position qui le piège. Et qui révèle l’efficacité froide du système mis en place.
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.



