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l’homme de 1992 s’en va à 84 ans


Alexis Dipanda Mouelle est décédé ce dimanche 4 mai 2026 à Douala, à l’âge de 84 ans. Il s’en va trois mois seulement après la mort de son épouse — comme si les deux départs s’étaient accordés dans le silence. Ancien premier président de la Cour suprême pendant 24 ans, il reste pour l’histoire l’homme qui a validé la victoire contestée de Paul Biya en 1992, avec 39,98% des voix contre 35,9% pour John Fru Ndi.

1992 — la décision qui a tout pesé

Ce soir-là, les Camerounais sont collés à leurs postes de télévision. Pendant des heures, la Cour suprême lit les procès-verbaux un à un. L’atmosphère est tendue, l’opposition convaincue que Paul Biya a perdu.

Le résultat tombe quand même en sa faveur.

Dipanda Mouelle préside cette juridiction qui, à l’époque, cumule les fonctions de Conseil constitutionnel. C’est lui qui valide. Dans un pays sorti à peine des grandes manifestations pour le multipartisme, dans une élection organisée sous pression nationale et internationale, le score est si serré que personne n’en sort vraiment satisfait. L’opposition crie au vol. Des violences éclatent dans plusieurs villes. Le Cameroun entre dans une période de tensions qui durera des années.

Pourtant, Dipanda Mouelle reste à son poste. Il restera premier président jusqu’en 2015 — mis à la retraite par décret, sans avoir été prévenu, apprenant la nouvelle à la radio comme n’importe quel fonctionnaire.

Un homme rattrapé par sa propre époque

Ce qui rend son portrait complexe, c’est précisément cela. Magistrat reconnu à l’international — il a présidé la 17e session du Comité des Nations unies contre la torture et publié en 1998 La torture, cette barbarie de l’humanité — il est aussi l’homme que le pouvoir a écarté sans ménagement quand il a semblé prêt à acquitter Jean Marie Atangana Mebara.

Deux images difficilement réconciliables. Un homme de droit respecté par ses pairs à Genève, mis à la retraite à la radio à Yaoundé.

Et puis cette information, presque intime, qui change la couleur de sa mort : son épouse l’avait précédé de trois mois. Ceux qui l’ont côtoyé à la fin de sa vie décrivent un homme discret, affaibli, loin des prétoires. Il était originaire de Bonakou Bwapaki, dans le département du Moungo — une région qui a produit quelques-unes des figures judiciaires les plus marquantes du pays.

C’est un pan entier de la magistrature camerounaise post-indépendance qui disparaît avec lui.

Christiane Tamoura Engo

Christiane Tamoura Engo

Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.


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