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Gabon, Dion Ngute et le désordre au sommet de l’État camerounais


Le Premier ministre Joseph Dion Ngute s’est retrouvé dans le salon d’honneur de l’aéroport de Nsimalen, délégation mobilisée, avion prêt — pour apprendre à 6h20 que la mission était annulée. L’explication officielle parle de problème de coordination. Mais pour beaucoup d’observateurs, ce qui s’est passé le 3 mai 2026 dit quelque chose de plus grave sur le fonctionnement de l’État.

Une séquence qui soulève des questions sérieuses

Reprenons les faits tels qu’ils ont été présentés. Le Cabinet civil confirme la mission au Premier ministre vers 14 heures la veille. Les équipes de Dion Ngute cherchent un avion pendant des heures. Le Cabinet civil, sans attendre, mandate l’ambassadrice du Cameroun au Gabon. Puis, tardivement dans la nuit, un appareil est trouvé via Camair-Co. Vol fixé à 6h30. Délégation présente à 5h30. Premier ministre au salon d’honneur à 6h.

À 6h20, message d’annulation. La délégation rentre chez elle.

Ce n’est pas un détail logistique manqué. C’est un enchaînement de décisions mal coordonnées impliquant les services les plus proches du chef de l’État, pour une mission de représentation présidentielle. Le Cabinet civil a pris une décision de substitution sans en informer clairement le Premier ministère — ou ce dernier n’a pas reçu l’information à temps. Dans les deux cas, le résultat est le même.

Un chef de gouvernement planté à l’aéroport.

Ce que cet épisode révèle sur la hiérarchie réelle au sommet de l’État

La question qui dérange va au-delà du couac logistique. Si une telle confusion peut survenir autour d’une mission aussi visible que la représentation du président à une inauguration officielle à Libreville, qu’en sera-t-il quand le pays sera doté d’un vice-président — une perspective évoquée depuis plusieurs mois dans les cercles politiques camerounais ?

Le désordre dans la chaîne de commandement n’est pas anodin. Il reflète une organisation où les circuits de décision ne sont pas toujours clairs, et où certains acteurs disposent d’un poids informel supérieur à leur titre officiel.

Et là, il faut nommer ce que certains observateurs n’hésitent plus à dire : l’influence croissante de la première dame dans les sphères administrative et politique du pays est visible. Ce n’est pas une rumeur. C’est perceptible dans la manière dont certaines décisions circulent — ou ne circulent pas. Beaucoup sont prêts à parier qu’un impair de cette nature n’aurait jamais pu toucher une mission la concernant.

Que le Premier ministre, chef du gouvernement, soit traité avec moins de rigueur protocolaire que l’épouse du chef de l’État — c’est une phrase difficile à écrire, mais les faits du 3 mai imposent de la poser.

Christiane Tamoura Engo

Christiane Tamoura Engo

Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.


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