Un décret signé le 16 avril 2026 par Issa Tchiroma Bakary, depuis son exil en Gambie, nommant des coordinateurs d’une soi-disant « Diaspora Combattante », vient de provoquer une réaction ferme. Le 18 avril, plusieurs organisations de la diaspora camerounaise ont publié une déclaration officielle pour dénoncer ce qu’elles qualifient de tentative d’usurpation et de division.
Un décret rejeté sans appel
Le texte signé par l’ancien ministre de Biya nomme 15 coordinateurs répartis sur trois continents — Europe, Amérique du Nord, Scandinavie — au nom d’une entité présentée comme la « Diaspora Combattante ». Parmi eux : Robert Wanto, Collins Nana, Émilie Roast en coordination générale, et des représentants en France, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Canada et États-Unis.
Problème : personne ne les a mandatés pour parler au nom de la diaspora résistante camerounaise. C’est le cœur de la contestation.
Les signataires — dont Hugues Seumo, du Comité Citoyen pour la Libération des prisonniers politiques au Cameroun, figure engagée de longue date dans la défense des détenus politiques camerounais — rejettent en bloc la légitimité de ces nominations. Avec d’autres militants comme Brice Nitcheu (CODE, Londres), Patrice Ngassam (RA Canada) ou Marcel Tchangue (Fondation Moumie), ils estiment que nul ne peut s’arroger la représentation de la diaspora par voie de décret, sans concertation ni mandat collectif.
La déclaration pointe également que plusieurs personnes nommées se sont illustrées ces derniers mois par des campagnes hostiles contre Maurice Kamto et le MRC. Pour les signataires, ces nominations ressemblent davantage à une récompense pour services rendus qu’à un vrai projet de structuration politique.
Une provocation qui divise, selon les signataires
Le timing et le lieu du décret alimentent les critiques. Tchiroma l’a signé depuis la Gambie, où il est en exil depuis l’élection présidentielle d’octobre 2025 — et non depuis le Cameroun où il prétend avoir une légitimité populaire. Pour les signataires, c’est une contradiction de plus.
Ils rappellent que cet homme a servi le régime Biya pendant des décennies et a longtemps combattu la diaspora résistante avant de s’en réclamer tardivement. Des allégations de corruption visant certains membres de son équipe, relayées dans une vidéo attribuée à un certain Ben Modo, présenté comme proche de Tchiroma, viennent alourdir le dossier.
En réponse, les signataires appellent la diaspora camerounaise à la vigilance et annoncent l’organisation prochaine d’une grande rencontre de « Refondation et de Sursaut National » pour réaffirmer l’indépendance du mouvement.
La déclaration du 18 avril marque une ligne claire : la diaspora résistante ne se laissera pas encadrer par décret. L’appel à une grande rencontre de refondation sera désormais scruté de près par tous les acteurs du champ politique camerounais en exil.
Journaliste international pour 237online.com, Rodrigue Batag décrypte l’actualité mondiale avec un regard ancré dans les réalités africaines et camerounaises.



