Les dix gouverneurs de région au Cameroun ont tous dépassé l’âge légal de la retraite. Pourtant, aucun n’a quitté son poste. De Douala à Maroua, de Bamenda à Ebolowa, les palais des gouverneurs restent occupés par des hauts commis maintenus en fonction par décret présidentiel. Un statu quo qui dure — et qui commence à faire parler.
Dix régions, dix visages d’une administration qui vieillit
Les chiffres sont là. Kildadi Taguiéké Boukar, gouverneur de l’Adamaoua, est le doyen avec 69 ans. Bernard Okalia Bilaï tient le Sud-Ouest depuis Buea à 67 ans, dans une région encore marquée par la crise anglophone. Adolphe Lele L’Afrique administre le Nord-Ouest depuis Bamenda à 66 ans — même profil, même contexte sécuritaire tendu. Grégoire Mvongo à l’Est et Midjiyawa Bakari à l’Extrême-Nord affichent tous deux 66 ans. Jean Abate Edi’i dirige le Nord depuis Garoua à 65 ans. Samuel Dieudonné Ivaha Diboua gère Douala, la capitale économique, à 64 ans. Awa Fonka Augustine siège à Bafoussam pour l’Ouest au même âge. Naseri Paul Bea, gouverneur du Centre à Yaoundé, a 60 ans. Félix Nguelé Nguelé ferme la liste à 61 ans pour le Sud.
Dix régions. Dix gouverneurs au-delà de la retraite. Aucune exception.
Le maintien en fonction est légal — c’est une prérogative du Président de la République. Mais l’usage systématique de cette prérogative transforme ce qui devrait être une exception en règle non écrite. Et c’est là que le débat commence vraiment.
Loyauté contre renouvellement : un arbitrage qui coûte
L’argument avancé dans les couloirs du pouvoir est toujours le même : l’expérience. Ces hommes connaissent leur terrain, leurs réseaux, leurs interlocuteurs. Dans des zones sous tension comme le Nord-Ouest ou l’Extrême-Nord, ce capital humain a une valeur réelle. Mais cet argument a ses limites.
Des centaines de cadres formés, diplômés, impatients, attendent dans les ministères. Ils voient les postes bloqués. Ils calculent. Certains partent.
C’est un signal que le pouvoir ne peut pas ignorer indéfiniment. Maintenir des gouverneurs au-delà de la retraite, c’est choisir la stabilité connue contre le risque du renouvellement. C’est un choix. Mais tout choix a un coût.
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.



