Jean de Dieu Momo est sorti du silence. Le ministre délégué à la Justice a répondu publiquement à Maurice Kamto et au MRC, après leur saisine de l’Union Africaine dénonçant un « changement anticonstitutionnel » au Cameroun. Pour lui, l’argument du parti d’opposition est « politiquement séduisant, mais juridiquement faible ». La riposte est directe.
Un Vice-Président nommé : succession ou usurpation ?
C’est le cœur du débat. Le MRC estime qu’un Vice-Président nommé — et non élu — ne peut pas légitimement succéder à un Président élu par le peuple. Jean de Dieu Momo rejette cette lecture.
Pour le ministre, la confusion vient d’une erreur de catégorie. L’élection fonde la légitimité du pouvoir. La Constitution, elle, organise sa continuité. Ce sont deux choses différentes. Il cite Georges Burdeau pour appuyer son raisonnement : « le pouvoir ne souffre d’aucune vacance. » Le Vice-Président ne crée pas une nouvelle légitimité — il prolonge celle du Président qui l’a nommé.
Momo va plus loin. Dans un régime présidentialiste, rappelle-t-il en s’appuyant sur Maurice Duverger, toute autorité exécutive procède du Chef de l’État. Le Vice-Président n’est pas un acteur autonome. Il est, selon cette logique, le prolongement institutionnel du Président élu.
L’argument tient juridiquement. Mais il ne règle pas la question politique que le MRC pose : qui a validé ce choix de succession ?
Momo retourne l’argument contre le MRC
Le ministre ne se contente pas de défendre la réforme. Il attaque.
Selon lui, le vrai danger pour le Cameroun n’est pas la continuité du pouvoir, c’est sa vacance. Refuser qu’un Vice-Président assure la succession, dit-il, c’est ouvrir la porte aux crises institutionnelles, aux luttes internes, aux ruptures de l’ordre constitutionnel. Il cite le constitutionnaliste Joseph Owona, qui défend une organisation hiérarchisée du pouvoir exécutif où la continuité prime.
Momo convoque aussi Achille Mbembe — un choix notable, tant le chercheur est rarement cité dans les cercles du pouvoir camerounais — pour rappeler que les États africains doivent privilégier des mécanismes « clairs, rapides et incontestables » de transmission du pouvoir.
Pourtant, citer Mbembe pour défendre une réforme que l’opposition qualifie de verrouillage dynastique, c’est un pari rhétorique risqué. L’universitaire camerounais a lui-même écrit sur les dérives des régimes patrimoniaux en Afrique.
La réforme est adoptée. Le débat, lui, ne l’est pas.



