La vidéo de Vanister Officiel s’adressant au pape Léon XIV continue de faire réagir. Après John Merlus, c’est Onana Raphaël qui monte au créneau — avec un angle différent, mais tout aussi tranchant. Son malaise ne porte pas sur le fond des problèmes soulevés, mais sur la posture : celle d’un peuple qui tend la main vers un étranger pour se faire sauver. Une critique qui touche quelque chose de plus profond que la simple polémique.
Le vrai problème selon Onana Raphaël
Onana Raphaël commence par poser une limite claire. Que le pape dénonce la corruption, les violences ou la crise anglophone ? Pas de problème. « C’est même son rôle en tant que chef spirituel de s’élever contre les injustices du monde », écrit-il.
Ce qu’il refuse, c’est l’image véhiculée par Vanister. Celle d’un Cameroun impuissant, attendant qu’une autorité étrangère vienne le tenir par la main. Pour lui, cette posture efface d’un trait des dizaines de milliers de Camerounais qui se battent chaque jour pour leur pays : juristes, militants, journalistes, citoyens ordinaires.
« Pourquoi les rendre invisibles en allant pleurer nos maux devant une autorité étrangère ? », demande-t-il.
Il y voit une manifestation directe du syndrome du sauveur : on étale ses plaies, on baisse la tête, et on attend que quelqu’un vienne de l’extérieur régler ce qu’on refuse de traiter soi-même. Et cette dépendance au regard étranger, selon lui, alimente exactement la condescendance que beaucoup dénoncent par ailleurs.
La comparaison de Vanister avec la Côte d’Ivoire l’agace également. Il rappelle que ce pays compte des quartiers entiers réservés aux Français, avec une présence étrangère si enracinée qu’elle est devenue structurelle. « Ce n’est pas un modèle, désolé », tranche-t-il.
Dénoncer oui, mais comment ?
Ce débat pose une vraie question de fond, au-delà de la polémique entre artistes et personnalités publiques.
Dénoncer les dysfonctionnements d’un pays est légitime. C’est même nécessaire. Mais la forme et le cadre dans lesquels on le fait ne sont pas neutres. S’exprimer devant une audience internationale de plusieurs millions de personnes, pendant une visite historique, en dressant le portrait d’un peuple incapable de se prendre en charge — c’est une image qui reste, longtemps après que les caméras se sont éteintes.
Onana Raphaël conclut avec une formule qui résume bien sa pensée : « Dénoncer son pays, c’est un acte d’amour. Mais le faire en donnant l’image d’un peuple impuissant et en quête de tutelle étrangère, c’est une trahison. On mérite mieux que ça. »
Vanister Officiel n’a toujours pas répondu publiquement. Mais le débat, lui, ne s’arrête pas.



