La sortie de Boris Bertolt sur la pétition lancée par le professeur Maurice Kamto a relancé un débat familier. Hanelore Fotso le dit sans détour : cette critique se veut tranchante, mais elle passe complètement à côté de la réalité. Car le vrai problème n’est pas qu’un homme « jongle ». Le vrai problème, c’est qu’on lui demande de porter seul un combat que personne n’est prêt à mener collectivement.
Ce qu’on reproche à Kamto, et ce que cela révèle
Lancer une pétition dans le contexte camerounais actuel, c’est s’exposer à deux critiques opposées : être trop timide pour les uns, trop agité pour les autres. Pourtant, une pétition n’est pas un gadget. C’est un outil. Limité, certes. Mais concret. C’est une façon de transformer une colère diffuse en expression visible, de dire collectivement « nous existons et nous disons non ». En politique, même les formes minimales d’engagement peuvent ouvrir des brèches.
L’histoire récente mérite d’être rappelée. Quand Maurice Kamto a été arrêté, qu’est-ce que cela a changé ? Rien. Quand il a été écarté du jeu électoral, l’indignation a été réelle — mais l’action, absente. Le pays n’a pas tremblé. Le silence est retombé, comme d’habitude.
Alors la question s’impose : que peut-il faire de plus, réellement ? Se sacrifier davantage ? Pour qui ? Pour un peuple qui observe, commente, critique — mais ne se lève pas ? On ne peut pas exiger d’un homme ce qu’un peuple entier refuse d’assumer. L’héroïsme individuel ne produit rien dans un désert collectif.
Une contradiction que la critique de Bertolt révèle malgré elle
Exiger d’un opposant une radicalité absolue, frontale, spectaculaire — tout en restant soi-même immobile — c’est une posture confortable. Mais ce n’est pas de la politique. C’est du commentaire.
Disqualifier une initiative sans en proposer une meilleure, rejeter ceux qui agissent imparfaitement sans jamais créer les conditions d’une action plus forte : cette logique n’affaiblit pas le pouvoir en place. Elle affaiblit l’opposition elle-même. Et pendant que le débat tourne en rond, le camp adverse avance paisiblement.
S’adapter à un terrain verrouillé, étouffant, déséquilibré — ce n’est pas de la ruse. C’est de la survie politique. Dans certains contextes, exister politiquement est déjà un acte de résistance.
La vraie question que cette polémique pose n’est pas : Kamto fait-il assez ? Elle est : qui fait mieux, concrètement, avec constance et visibilité, malgré les blocages ? Tant que la réponse reste le silence, estime Hanelore Fotso, la critique perd une grande partie de sa légitimité.



