À quelques jours de la visite historique du pape Léon XIV au Cameroun, prévue du 15 au 18 avril 2026, un texte refait surface et mérite attention. Il s’agit de l’Accord-cadre du 13 janvier 2014 entre la République du Cameroun et le Saint-Siège. Un document qui fixe les règles du jeu entre l’État et l’Église catholique — et qui éclaire les enjeux institutionnels de cette visite pontificale. C’est le Père Alain Ndzana, prêtre du Diocèse d’Obala, qui en propose une lecture éclairante.
Un accord signé à Yaoundé, concis mais structurant
Signé à Yaoundé le 13 janvier 2014, l’accord se compose de neuf articles répartis sur cinq pages, rédigés en français, anglais et italien — les trois versions faisant également foi. Côté camerounais, c’est l’ancien ministre des Relations extérieures Pierre Moukoko Bondjo qui a apposé sa signature. Côté Vatican, Mgr Piero Pioppo, nonce apostolique au Cameroun.
La cérémonie s’est tenue en présence de figures majeures des deux parties : du côté de l’Église, feu le cardinal Christian Tumi, Mgr Samuel Kleda de Douala, les archevêques de Garoua, Bamenda et Bertoua. Du côté de l’État, plusieurs ministres dont Joseph Dion Ngute, aujourd’hui Premier ministre.
Sur le fond, l’accord reconnaît formellement à l’Église catholique sa personnalité juridique civile au Cameroun. Il garantit au Saint-Siège une compétence exclusive dans l’organisation interne de l’Église, protège la liberté pastorale de l’institution et encadre ses capacités patrimoniales et associatives. Il prévoit également la possibilité d’aides publiques aux œuvres de l’Église et le règlement diplomatique de tout différend éventuel.
Une autonomie qui produit des effets concrets
Selon le Père Ndzana, cet accord a un double effet dans le contexte camerounais. Il a d’abord consolidé l’Église comme partenaire institutionnel de l’État, tout en renforçant son autonomie interne. C’est dans ce cadre que s’inscrit, par exemple, le décret général du 21 décembre 2023 de la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun (CENC), refusant l’application de Fiducia Supplicans sur la bénédiction des couples homosexuels.
L’accord garantit ainsi à l’Église du Cameroun une liberté d’action réelle — sans instituer un régime de privilège — et lui permet d’intervenir dans l’espace public selon ses propres convictions pastorales et morales.
À l’heure où le pape Léon XIV s’apprête à fouler le sol camerounais pour la première fois, cet accord de 2014 constitue une clé de lecture essentielle. Il dit beaucoup sur la nature des relations entre Yaoundé et le Vatican — et sur la marge de manœuvre dont dispose l’Église locale face aux enjeux actuels.



