(Investir au Cameroun) – Au Cameroun, les machines et appareils mécaniques et électriques ont représenté 14,5% des dépenses totales d’importation en 2025, pour une valeur de 757,4 milliards de FCFA, selon les données de l’Institut national de la statistique (INS) sur le commerce extérieur. L’institut souligne que ces équipements « jouent un rôle crucial dans le développement économique du pays ».
Malgré ce poids important dans la structure des importations, leur valeur recule de 3,7% par rapport à 2024, traduisant un léger ralentissement après plusieurs années de forte demande en équipements destinés à la production.
Ces acquisitions restent néanmoins un indicateur de l’effort d’investissement engagé dans le tissu productif national, porté ces dernières années par l’installation de nouvelles unités industrielles et par le renforcement des capacités de production dans plusieurs secteurs.
La Chine s’impose comme principal fournisseur
Au-delà du volume des importations, les données disponibles mettent en évidence une recomposition progressive des fournisseurs du Cameroun en machines et équipements industriels.
Dans son rapport 2024 sur la compétitivité de l’économie camerounaise, le Comité de compétitivité, rattaché au ministère de l’Économie, relève une nette montée en puissance de la Chine sur ce segment. La part de marché du pays est passée de 23,8% en 2016 à 52,5% en 2024, soit une progression de 28,7 points. La Chine s’impose ainsi comme le premier fournisseur d’équipements industriels du Cameroun.
À l’inverse, l’Union européenne a vu sa part reculer, passant de 50,1% en 2016 à 32,3% en 2024, en dépit d’un léger rebond observé après 2023.
Cette évolution intervient pourtant dans un contexte marqué par la mise en œuvre, depuis 2016, des Accords de partenariat économique (APE) entre le Cameroun et l’Union européenne. Ces accords prévoient la suppression progressive des droits de douane sur 80% des importations en provenance de l’UE sur une période de quinze ans.
Les machines et équipements industriels figurent parmi les produits concernés par cette libéralisation tarifaire. Mais, malgré cet avantage, les fournisseurs européens perdent du terrain face à la concurrence asiatique, notamment chinoise.
Des besoins croissants, mais un outil de production toujours fragilisé
Le niveau élevé des importations d’équipements industriels traduit les besoins persistants du Cameroun en infrastructures productives. Il révèle aussi les mutations en cours dans les circuits d’approvisionnement du pays, sur fond de concurrence accrue entre partenaires commerciaux.
Mais cette dynamique d’importation ne suffit pas à elle seule à améliorer l’état de l’appareil productif. Dans son rapport sur la situation économique et financière des entreprises en 2023, l’INS indique que la détérioration de l’outil de production se poursuit. La proportion d’équipements en mauvais état de fonctionnement est ainsi passée de 59,6% en 2022 à 60,1% en 2023.
Autrement dit, six équipements sur dix recensés dans les entreprises présentent un état de fonctionnement dégradé. Les difficultés de maintenance figurent parmi les principales causes de cette situation, avec des effets directs sur la productivité des entreprises : baisse du chiffre d’affaires, tensions sur l’offre, pénuries sur le marché ou encore mises en chômage technique.
Au final, la forte demande en machines et équipements industriels confirme les besoins de modernisation de l’économie camerounaise. Mais elle met aussi en lumière une équation plus complexe : importer davantage ne garantit pas, à lui seul, l’amélioration durable de la performance productive, tant que les enjeux de maintenance, de renouvellement et de qualité des équipements restent entiers.
Amina Malloum
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