Le Parlement camerounais réuni en congrès à Yaoundé a approuvé ce 4 avril 2026 la création d’un poste de vice-président de la République (200 voix pour, 18 voix contre et 4 abstentions). Le texte a été adopté par 205 voix pour et 16 contre. Ce nouveau poste, nommé par le président de la République, permettra à son titulaire de diriger le pays en cas de vacance du pouvoir — une disposition qui prend une résonance particulière alors que Paul Biya, 93 ans, est le doyen des chefs d’État dans le monde.
Ce que dit le texte adopté
La réforme est claire sur un point : en cas de vacance du pouvoir, c’est le vice-président qui prend les rênes de l’État, et non plus le président du Sénat comme le prévoyait l’ancienne Constitution.
Mais elle reste floue sur l’essentiel. Les attributions et compétences concrètes attachées à ce nouveau poste ne sont pas encore précisées dans le texte approuvé par les parlementaires. Qui sera nommé ? Quand ? Avec quels pouvoirs au quotidien ? Ces questions restent sans réponse officielle pour l’instant.
Cette réforme s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition institutionnelle. À mi-mars 2026, les présidents des deux chambres du Parlement avaient déjà été remplacés. Aboubakary Abdoulaye, 64 ans, a pris la tête du Sénat à la place de Marcel Niat Njifenji, élu à l’unanimité. À l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, 86 ans et 34 ans à ce poste, a été remplacé par Théodore Datouo, un député de 66 ans originaire de la région de l’Ouest.
Les opposants crient à la dérive institutionnelle
La réforme ne passe pas sans remous. Depuis la Gambie où il est en exil, Issa Tchiroma Bakary, qui se présente comme le « président légitime », a dénoncé le 3 avril sur Facebook une « violation des principes démocratiques » et une « dérive monarchique du pouvoir illégitime ».
De son côté, Maurice Kamto a qualifié l’adoption de ce texte de « coup d’État institutionnel et constitutionnel » dans une vidéo publiée sur le même réseau social.
Ces réactions illustrent la fracture profonde entre le pouvoir en place et une partie de l’opposition qui refuse de valider cette réorganisation des institutions comme un processus démocratique normal.
La réforme est adoptée, mais l’essentiel reste à venir : la nomination du vice-président. Ce choix sera le vrai signal politique de la nouvelle architecture du pouvoir au Cameroun. Le pays, et les observateurs internationaux, attendent de voir quel nom Paul Biya mettra derrière ce nouveau titre.



