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le vrai risque, c’est vos données personnelles


Depuis l’annonce du dédouanement obligatoire des téléphones via la plateforme CAMCIS au 1er avril 2026, les Camerounais s’indignent surtout de la taxe. Mais pour Narcisse Fokou, ingénieur et expert en cybersécurité, le vrai danger est ailleurs : dans la collecte massive et silencieuse de données personnelles que ce dispositif implique. Une alerte qui mérite attention.

Trois données croisées, une bombe potentielle

Pour bloquer un téléphone non dédouané avec précision, l’État et les opérateurs — MTN, Orange, Camtel — doivent croiser trois éléments : l’IMEI (identifiant unique de l’appareil), le numéro de téléphone (lié à la CNI), et les données de paiement Mobile Money utilisées lors du dédouanement.

Résultat : une base de données centralisée qui relie l’identité de millions de Camerounais à leurs équipements numériques. « Nous assistons en direct à la création de la plus grande base de données de traçabilité et de profilage jamais déployée au Cameroun », alerte Fokou.

Trois questions restent sans réponse officielle :

  • Où sont hébergées ces données ? Les serveurs de CAMCIS sont-ils sur le territoire national ou sous-traités à des data centers étrangers ?
  • Quel niveau de sécurité ? Une attaque ransomware sur cette base exposerait les identités et équipements de millions de citoyens — une menace directe pour la sécurité nationale.
  • Quelle transparence ? Aucun audit public de sécurité n’a été annoncé avant ce déploiement massif.

Digitalisation oui, mais avec des garanties

Narcisse Fokou ne s’oppose pas à la réforme sur le fond. « L’État a totalement raison d’imposer la dématérialisation », reconnaît-il. La chute des recettes douanières sur les téléphones — de 2 milliards à 100 millions de FCFA par mois entre les années 2000 et 2025 — justifie une réaction forte.

Mais la transformation numérique d’un pays ne peut pas se construire sur des plateformes opaques, sans cadre légal clair sur l’utilisation des données collectées. Pour le CEO de Ma’a Suh LLC, il faut passer d’une logique de « simple guichetier » à une véritable souveraineté numérique : des infrastructures sécurisées, auditées, et qui protègent le citoyen autant qu’elles l’enregistrent.

L’alerte de Narcisse Fokou pose une question que peu osent formuler : à qui profite vraiment cette base de données ? Le gouvernement camerounais a désormais la responsabilité de répondre — publiquement — avant le 1er avril.



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