View Kamer

Tchiroma accusé de faire reculer la résistance politique camerounaise


La déclaration d’Issa Tchiroma affirmant avoir quitté le Cameroun par peur de mourir suscite une vive critique dans les milieux politiques. Pour le journaliste Serge Nkepseu, cette sortie fragilise des années de travail d’éveil citoyen, au moment où une dynamique de mobilisation commençait enfin à s’installer.

Ce que Tchiroma a dit et pourquoi ça choque

Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de la Communication et figure de l’opposition revendiquant une victoire présidentielle, a récemment déclaré publiquement qu’il a fui le Cameroun parce qu’il avait peur de mourir. Une phrase courte. Un impact lourd.

Pour Serge Nkepseu, journaliste camerounais, le mal est profond : « En déclarant qu’il a quitté le Cameroun parce qu’il avait peur de mourir, Tchiroma a fait reculer le combat d’au moins quinze ans. »

Le reproche est précis. Entre 2012 et 2018, des partis comme le MRC de Maurice Kamto, et des figures comme Cabral Libii, ont mené un travail de fond pour réveiller une jeunesse camerounaise longtemps indifférente à la politique. Résultat visible lors de la présidentielle de 2018 : des attroupements dans les bars pour suivre le contentieux au Conseil constitutionnel, une scène que beaucoup comparaient à une finale de Ligue des champions.

« Presque aucun jeune ne s’intéressait à la politique avant les années 2010. Le football, la bière et la fête occupaient l’essentiel de l’attention collective », rappelle Nkepseu.

Un acquis fragilisé, une dynamique en danger

Ce qui rend la critique encore plus sévère, c’est le contraste entre les deux trajectoires. Pendant que le MRC occupait le terrain pendant plus de treize ans pour démystifier la peur et éduquer les citoyens, Tchiroma, lui, était au cœur du pouvoir, soutenant l’action de Paul Biya.

Aujourd’hui, il récolterait selon Nkepseu les fruits d’un travail qu’il n’a pas semé. Pire, sa déclaration risque d’effacer une partie de cet héritage.

« Combien de parents auront encore le courage de laisser leurs enfants manifester ? Combien de jeunes oseront sortir revendiquer sans invoquer la peur de mourir ? », interroge le journaliste.

Le bilan qu’il dresse est sombre : il faudra désormais repartir à zéro — convaincre, rééduquer, mobiliser. Un chantier immense, pour lequel Tchiroma ne semble pas candidat. Il aurait déclaré attendre que les Camerounais viennent le chercher pour l’installer à Etoudi.

La question posée par Serge Nkepseu reste ouverte et inconfortable : qui portera désormais ce travail d’éveil politique ? La réponse conditionne peut-être l’avenir de toute une dynamique citoyenne au Cameroun.



Source link

View Kamer

FREE
VIEW