Un pape dans l’œil du cyclone. Du 15 au 18 avril, le pape Léon XIV foule le sol camerounais pour sa première tournée africaine — avec une étape à Bamenda, cœur encore brûlant de la crise anglophone. Une visite pastorale, officiellement. Mais dans un Cameroun post-électoral sous tension, chaque geste du souverain pontife sera scruté, pesé, récupéré. Yaoundé y voit une bouffée diplomatique. L’opposition, une occasion. Bamenda, un espoir fragile. Ce voyage peut-il vraiment changer quelque chose ?
Trois villes, trois enjeux distincts. À Yaoundé, le 15 avril, Léon XIV est reçu au palais de l’Unité par Paul Biya, avant de rencontrer les évêques camerounais — une séquence institutionnelle que Yaoundé a soignée comme une vitrine. La ministre Célestine Ketcha Courtès a réuni dès le 2 mars les maires concernés pour accélérer les travaux de voirie et d’assainissement dans les trois villes d’étape. Le message est clair : montrer un État capable, ordonné, maîtrisé.
Bamenda : le pari le plus symbolique
Le 16 avril, le pape célèbre une rencontre pour la paix à la cathédrale Saint-Joseph de Bamenda, puis une messe à l’aéroport local. Depuis 2016, le Nord-Ouest reste un foyer actif de la crise séparatiste. Enlèvements, attaques armées, instabilité persistante : les forces spéciales ont été massivement déployées sur les axes routiers. Le cardinal Peter Turkson a appelé les Camerounais à offrir au pape « un véritable programme de réconciliation ». Pari risqué, pari nécessaire.
À Douala, le 17 avril, une messe géante au stade de Japoma précèdera une visite à l’Hôpital Saint-Paul. Le lendemain, Léon XIV s’adresse aux étudiants de l’Université catholique d’Afrique Centrale — sans doute le discours le plus attendu du séjour. En coulisses, la tension est palpable : Issa Tchiroma Bakary, qui conteste toujours les résultats de la présidentielle d’octobre 2025, aurait adressé une correspondance confidentielle au pape. L’écrivaine Calixthe Beyala, elle, a fustigé sur les réseaux sociaux un pontife venu « serrer la main des criminels ».



