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1 745 milliards détournés au Port de Douala


1 745 284 376 303 FCFA. C’est le montant colossal du préjudice infligé à l’État camerounais par la société SGS Cameroun S.A., selon un rapport explosif du ministère des Finances. Aux exercices 2021, 2022 et 2023, cette multinationale chargée du scanning au Port Autonome de Douala aurait orchestré une fraude massive et organisée, avec la complicité présumée de ses propres employés et de plusieurs opérateurs économiques véreux. Comment une entreprise aussi puissante a-t-elle pu piller le Trésor public camerounais pendant trois ans en toute impunité ?

La SGS au cœur d’une fraude douanière organisée et systématique

Les investigations menées par la Direction Générale des Douanes révèlent un mécanisme sophistiqué : 1 537 déclarations d’importation ont été frauduleusement validées comme « non soumises » aux formalités d’inspection. En clair, des marchandises ont traversé le Port de Douala sans payer les droits et taxes dus à l’État. Et selon les enquêteurs, des employés de la SGS auraient activement participé à cette falsification, en complicité directe avec des importateurs véreux.

Le résultat est dévastateur : un manque à gagner de 1 745 284 376 303 FCFA (Un billion sept cent quarante-cinq milliards deux cent quatre-vingt-quatre millions trois cent soixante-seize mille trois cent trois FCFA ou simplement environ 1 745 milliards) pour le Trésor public camerounais. Une somme qui aurait pu financer des hôpitaux, des routes, des écoles dans les dix régions du pays. À la place, elle a transité — selon le rapport — vers des entités fictives non localisables, sous forme de transferts frauduleux de fonds vers l’étranger.

La Direction Générale des Douanes a transmis la liste des opérateurs impliqués à l’Agence Nationale d’Investigation Financière (ANIF), spécialisée dans la traque des flux financiers illicites. L’ANIF est désormais chargée de retracer les circuits de blanchiment et de corruption liés à cette fraude colossale.

Le rapport du MINFI est sans appel : la SGS doit payer

Au terme des investigations, le rapport du ministère des Finances est formel. Les manquements dénoncés par M. Egbé Tabot Célestin sont réels et ont été formellement imputés aux employés de la SGS. Certains opérateurs économiques véreux ont été identifiés dans le cadre des investigations déjà engagées par la DGD et l’ANIF.

La conclusion du rapport ne laisse aucune place au doute : la SGS doit être dessaisie de ses opérations de scanning au Port Autonome de Douala et une autre structure, plus fiable et plus transparente, doit prendre le relais. Il est également recommandé que la SGS assume pleinement sa responsabilité par l’acquittement d’une amende de principe de 2 milliards de FCFA pour clôturer administrativement cette affaire — sans préjudice des poursuites judiciaires en cours.

Pour le chef de département du MINFI, il convient aussi d’inviter la DGD à poursuivre les investigations afin d’identifier tous les bénéficiaires effectifs impliqués dans cette fraude. Les membres du Comité de suivi du Contrat entre l’État et la SGS sont également dans le collimateur.

Un appel à l’action publique : justice, transparence, sanctions

Face à l’ampleur du scandale, des voix s’élèvent au Cameroun pour exiger une commission d’enquête indépendante qui ferait toute la lumière, non seulement sur les responsabilités de la SGS, mais aussi sur les complicités internes au sein de l’administration douanière. Car cette affaire dépasse le simple cadre d’une fraude douanière isolée.

« Le peuple camerounais attend des réponses et des sanctions. La transparence et la légalité, c’est maintenant ! » — peut-on lire dans l’édition du lundi 16 mars 2026 du Journal L’Info de Georges Messouane qui a consacré plusieurs colonnes à cette affaire.

Le Cameroun a besoin que ses institutions fonctionnent avec intégrité. Une fraude de cette ampleur — 1 745 milliards FCFA sur trois ans — fragilise la confiance des citoyens envers l’État, ralentit les projets économiques nationaux et alimente la corruption à l’importation. Si la SGS échappe à la justice, quel message envoie-t-on aux autres entreprises tentées par la fraude ?

L’ANIF, la DGD, le ministère des Finances et les juridictions compétentes ont désormais toutes les cartes en main. La balle est dans le camp de la justice camerounaise.



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