(Investir au Cameroun) – Le Port autonome de Douala (PAD) prévoit une dématérialisation « totale et effective » de sa plateforme portuaire à l’horizon septembre 2026. L’annonce intervient au terme d’une enquête conduite dans l’enceinte portuaire pour évaluer l’efficacité des procédures de transit, d’importation, de dédouanement et d’enlèvement des marchandises.
Menée entre 2021 et 2024 par l’Observatoire régional des pratiques anormales (OPA), l’étude – rendue publique lors d’un atelier régional le 12 février 2026 à Douala – conclut que la dématérialisation demeure partielle. Des outils existent (Guce, Camcis), mais leur adoption reste incomplète. D’après l’enquête, l’émission du Titre de transit ou de la Lettre de voiture internationale (LVI) comporte encore des étapes physiques, ouvrant la voie à des paiements illicites dénoncés par environ 20 à 30 % des Commissionnaires agréés en douane (CAD).
L’OPA pointe également des délais et des coûts élevés : levée de caution, pose de balises GPS et traitement SGS sont « majoritairement jugés supérieurs à la normale ». La durée moyenne de dédouanement d’une cargaison est de huit jours, avec des pics de 39 jours entre la validation du manifeste et le début du dédouanement. Le temps de séjour des camions dans le port s’établit à trois jours en moyenne. Les formalités diverses peuvent atteindre 180 000 FCFA par camion, avec des paiements élevés pour les pesages et le GPS.
Un système d’information portuaire unique
Pour lever ces goulots d’étranglement dans un port par lequel transite plus de 80 % du commerce international du Cameroun, ainsi qu’une part importante des cargaisons destinées au Tchad et à la République centrafricaine, le PAD indique finaliser un système d’informations portuaires destiné à centraliser les données des armateurs, consignataires et acconiers dans un module unique, accessible aux autres parties prenantes.
« Le PAD est en train de finaliser son système d’informations portuaires, qui permettra de capter l’ensemble des informations, que ce soit des armateurs, des consignataires ou aconiers pour que ces informations soient circonscrites dans un module unique et à la disposition des autres parties prenantes. Ce système sera totalement opérationnel d’ici le mois de septembre 2026, avec une dématérialisation totale et effective de la plateforme portuaire », a déclaré Jean Yves Massouka, chef de la cellule de facilitation des échanges au PAD.
Pour Albert Etoundi, président du Syndicat national des transitaires, acconiers et consignataires (Syntac), « si tout est dématérialisé, on aura trouvé les solutions à tous les problèmes ».
L’OPA recommande aussi des outils de signalement des pratiques illicites (numéros verts, plateformes anonymes), le renforcement des contrôles internes et la responsabilisation des agents, afin de réduire les zones de contact propices aux dérives.
Kribi également audité, dans un programme financé par l’UE
La même enquête a été conduite au port de Kribi, dans le cadre du Programme d’appui à la gouvernance des infrastructures régionales et nationales en Afrique centrale (PAGIRN), financé par l’Union européenne (UE). L’étude insiste sur la nécessité de mobiliser acteurs privés, syndicats de transporteurs et administrations nationales, pour une gouvernance intégrée des corridors et des ports.
L’objectif affiché est de faire de Douala et Kribi des hubs logistiques modernes, capables de soutenir l’intégration régionale et de renforcer l’attractivité de la zone Cemac (Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Guinée équatoriale et RCA).
Pour Pierre-Guillaume Boum Bissai, représentant résident de la Commission de la Cemac, « l’OPA n’est pas un simple instrument de recherche, mais un outil stratégique dont l’ambition finale est de renforcer le commerce et la compétitivité de nos économies ». Il a rappelé que certaines recommandations ont déjà débouché sur des actions : création d’une brigade mixte Cemac en cours d’opérationnalisation pour fluidifier les échanges, renforcement des accords bilatéraux de transit et promotion d’une gouvernance plus efficace des corridors via des partenariats public-privé, avec l’UE. Un nouvel atelier est prévu en mars à Yaoundé pour la restitution finale aux institutions du Cameroun, du Tchad et de la RCA.
Frédéric Nonos
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