(Investir au Cameroun) – Au Cameroun, les plateformes de commerce en ligne ont enregistré une hausse de 18 % de leur chiffre d’affaires en 2024, en glissement annuel, selon le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND20-30), publié par le ministère de l’Économie. Le document souligne également un effort de renforcement des capacités : « le commerce électronique a connu un essor significatif, avec 75 entreprises formées en 2024 (contre 52 en 2022), et une hausse de 18 % du chiffre d’affaires générés par les plateformes en ligne ».
La dynamique aurait été portée par l’accompagnement institutionnel du ministère du Commerce et par l’appui technique du secrétariat du Commonwealth, qui ont permis, selon le rapport, aux PME de mieux valoriser et vendre leurs produits à l’international. « [Elle] a été soutenue par l’accompagnement institutionnel du ministère du Commerce et l’appui technique du secrétariat du Commonwealth, permettant aux PME de mieux valoriser et vendre leurs produits à l’international », indique le document. Dans ce contexte, l’essor du secteur devrait s’accélérer, à mesure que de nouveaux acteurs et solutions élargissent l’accès au paiement et à la logistique.
MTN Cameroun, via sa filiale Mobile Money Corporation (MMC), vient ainsi de lancer une carte prépayée virtuelle destinée à régler des achats sur des plateformes locales et internationales. Adossée à la progression du Mobile Money, elle cible les millions de Camerounais non bancarisés, souvent exclus de l’écosystème du commerce en ligne. De son côté, Cameroon Postal Services (Campost) prépare un retour sur le marché, après une brève collaboration avec la plateforme panafricaine Jumia.
Lors de la présentation du budget du ministère des Postes et Télécommunications à l’Assemblée nationale, la ministre Minette Libom Li Likeng a annoncé pour l’année 2026 le lancement de Bolamba, une nouvelle plateforme de commerce en ligne portée par l’opérateur postal public. Pour soutenir ce dispositif, Campost prévoit d’installer deux plateformes logistiques dans les aéroports de Douala et de Yaoundé, sur des espaces déjà mis à sa disposition par la Société des aéroports du Cameroun (ADC).
Une niche fiscale pour l’Etat
Avec un investissement estimé entre 2 et 3 milliards de FCFA, Campost ambitionne de capter une part significative d’un marché que Statista évalue à 811,09 millions d’euros en 2025, soit environ 531 milliards de FCFA. Ce potentiel, conjugué à la montée en puissance du secteur, renforce l’intérêt de l’État pour la fiscalisation du e-commerce, dans le cadre de sa politique d’élargissement de l’assiette fiscale.
Depuis cinq ans, le gouvernement a en effet engagé une montée en charge progressive des prélèvements. Depuis 2020, les ventes de biens et les prestations de service réalisées en ligne sur le territoire camerounais via des plateformes de commerce électronique, ainsi que les commissions associées, sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).
Le prélèvement des droits de douane sur les marchandises importées issues du commerce en ligne est effectif depuis 2023. L’objectif est de limiter les pertes fiscales liées à « la dématérialisation de plus en plus croissante des transactions économiques », selon le ministère des Finances. Depuis 2024, il a également été instauré un « taux allégé de 5 % au titre de l’impôt sur les bénéfices non commerciaux (BNC), applicable aux revenus générés sur les plateformes numériques par les particuliers qui réalisent des opérations de vente d’un bien, de fourniture d’un service ou d’échange, de partage d’un bien (économie collaborative) ».
Dernière étape en date : depuis le 1er janvier 2026, toutes les plateformes en ligne réalisant des affaires au Cameroun sans établissement physique sont assujetties à l’impôt sur les sociétés (IS), au taux minimum de 3 % du chiffre d’affaires réalisé localement. En fonction du volume d’activité, la taxation peut évoluer vers le « régime de droit commun », avec un IS représentant « 30 % du bénéfice réel », précise la Direction générale des impôts (DGI).
Brice R. Mbodiam
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