(Investir au Cameroun) – Un atelier stratégique et de dialogue politique sur les enjeux du règlement européen contre la déforestation (RDUE/EUDR) pour la filière cacao et les petits producteurs s’est tenu les 28 et 29 janvier à Yaoundé, à l’initiative du Centre pour l’environnement et le développement (CED), en partenariat avec la plateforme Making Europe Work for People and Forests.
Au cœur des échanges : l’ampleur des pertes forestières récentes et la capacité du Cameroun à répondre aux exigences de traçabilité et de durabilité attendues par ses marchés, notamment européens. (Le calendrier d’application du texte européen a été repoussé au niveau de l’UE, avec une entrée en application désormais prévue fin 2026.)
Selon le rapport “Cameroon on the brink: Cocoa’s New Deforestation Frontier” publié par l’ONG Mighty Earth en juillet 2025, des alertes satellitaires RADD ont enregistré 782 797 hectares de pertes de forêts depuis 2020, soit l’équivalent d’environ 4,2% du couvert forestier du pays. Le rapport indique par ailleurs qu’au moins une part importante de ces pertes se concentre dans des zones de production cacaoyère, sur fond de pression foncière et de faibles revenus agricoles.
L’agriculture demeure l’un des facteurs de conversion des terres, le cacao étant souvent cité aux côtés du palmier à huile, du caoutchouc, du café ou du coton. Le rapport souligne toutefois que l’exploitation forestière reste un moteur majeur de dégradation, des agriculteurs s’installant ensuite sur des zones ouvertes, notamment pour développer des cacaoyères.
Des études de terrain présentées lors de l’atelier ont également été évoquées. Dans la région de Ntui (Grand Mbam), l’extension des plantations de cacao aurait entraîné la conversion d’environ 4 600 ha de forêts sur une décennie, dont 64% situés en zones classées comme forêts — un indicateur des tensions entre expansion agricole, régulation foncière et conservation.
Face à ces enjeux, le Cameroun s’est doté d’une Feuille de route pour un cacao sans déforestation, signée en janvier 2021 par l’État, le secteur privé, des partenaires et la société civile. Des initiatives de cartographie et de renforcement de la traçabilité des plantations ont aussi été engagées, notamment via des programmes de durabilité appuyés par des partenaires internationaux.
Amina Malloum
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