Trois ans après l’assassinat du journaliste Martinez Zogo, l’émotion reste vive, mais le dossier judiciaire inquiète. À Yaoundé, les audiences successives laissent apparaître des failles troublantes dans la version initiale. Détentions prolongées, preuves discutées, contradictions à la barre : le malaise grandit. « On condamne trop vite », souffle un observateur judiciaire. La justice a-t-elle privilégié la précipitation au détriment des faits ?
Arrêté puis écroué à Kondengui, l’ex-directeur de la Direction générale de la recherche extérieure, Léopold Maxime Eko Eko, croupit en détention depuis 3 ans. Or, au fil des audiences, la thèse d’un commandement hiérarchique se fissure. Aucun ordre écrit n’a été produit, aucun circuit financier probant n’a été établi, et plusieurs cadres ont décrit une opération « hors procédure ».
Affaire Martinez Zogo : les failles d’un dossier sensible
Les témoignages concordent désormais sur un point : l’institution aurait été contournée. Des initiatives individuelles, motivées par des intérêts obscurs, auraient pris le dessus. À la barre, un haut responsable a affirmé : « Ce n’était pas une mission de service ». Cette déclaration, unique citation du procès, a fait l’effet d’un séisme.
Au-delà du judiciaire, le contexte politique pèse. Dans un climat de recomposition des équilibres, l’opinion a été invitée à désigner un coupable avant l’épreuve des preuves. Résultat : un dossier perçu comme fragile, nourri de contradictions, et une justice sous pression médiatique.
Pour l’honneur de la justice et la mémoire de Martinez Zogo, le Cameroun peut-il accepter une condamnation sans preuves solides ? Le temps est-il venu de réexaminer sereinement ce dossier ?



