Plus de 300 noms brandis comme plaignants, des promesses allant jusqu’à 20 000 euros, puis des désistements en cascade : à Kienké, dans le Sud, l’affaire dite Rilov prend une tournure explosive. Présentée comme une révolte populaire contre Socapalm, l’initiative révèle sur le terrain une tout autre réalité. « Je n’ai jamais porté plainte », jure un riverain, visiblement dépassé. Comment un contentieux local ancien a-t-il pu se transformer en campagne internationale aussi bruyante que controversée ?
Un dossier ancien relancé de manière brutale
L’origine du différend remonte à 2009, lorsqu’un ressortissant camerounais saisit l’OCDE pour dénoncer des manquements environnementaux. Après plusieurs années, l’entreprise reconnaît certaines failles et engage des correctifs internes. Le dossier semblait alors en voie d’apaisement.
Mais entre 2021 et 2022, l’avocat Rilov réapparaît sur le terrain, notamment dans les villages de Mpungú Aviation et Bidou II, relançant la procédure. Selon plusieurs témoignages recueillis localement, les recrutements de plaignants se font porte-à-porte, avec des promesses financières jugées irréalistes.
Sabonguie Nicolas, habitant de la zone, témoigne sans détour :
« Mon nom est apparu dans ce dossier que je ne maîtrise même pas. Je n’ai jamais été contacté. »
Affaire Rilov à Kienké : instrumentalisation dénoncée
Du côté de l’administration, le constat est sévère. Lokoundjé, Kribi 1er, Fifinda : partout, les autorités locales parlent d’une mobilisation artificielle.
Le sous-préfet de la Lokoundjé tranche :
« Cette affaire ressemble plus à une manipulation des populations qu’à une volonté réelle des riverains. »
Même son de cloche à Kribi 1er, où l’administration découvre l’existence d’une plainte internationale sans saisine préalable des cadres de dialogue locaux. Pour les chefs traditionnels, le malaise est profond. À Lendi, le chef du village est catégorique :
« Je ne me reconnaissais pas dans cette affaire. On ne peut pas parler à la place des autres. »
Pratiques contestées et tensions sur le terrain
Les enquêtes administratives mettent en lumière plusieurs anomalies : listes gonflées, plaignants découvrant tardivement leur implication, promesses d’« argent des mouches » jamais honorées. À un moment, des risques de troubles à l’ordre public apparaissent lorsque certains villageois, s’estimant floués, menacent de manifester.
Face à cette situation, l’administration met en place un recensement tripartite associant populations, services techniques et entreprise. Objectif : identifier les ayants droit réels et désamorcer les tensions.
Un schéma qui dépasse le Cameroun
Des éléments troublants émergent : des méthodes similaires auraient été observées dans un dossier impliquant une filiale du groupe Socfin au Cambodge. Là aussi, constitution de listes, promesses financières, puis exclusions progressives. Si ces faits demandent encore confirmation documentaire, leur convergence interpelle fortement.
Pour de nombreux observateurs, l’affaire Rilov révèle une mécanique récurrente : internationalisation rapide du conflit, mise à l’écart des autorités locales, forte médiatisation, puis désillusion des populations.
À Kienké, le tumulte médiatique contraste avec une réalité plus nuancée. Entre revendications légitimes et manipulations dénoncées, l’affaire Rilov interroge sur l’éthique de la représentation des populations vulnérables.



