(Investir au Cameroun) – Le gouvernement a lancé l’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2035 (SND30). Adoptée en 2020, cette stratégie prévoyait une revue en 2025 « dans le but de capitaliser les leçons apprises et d’optimiser la mise en œuvre de la SND30 sur la période 2025-2030 ».
Selon le résumé de cette évaluation, « en ce qui concerne l’objectif de croissance, la SND30 avait envisagé un relèvement progressif de la croissance à 8,5 % à l’horizon 2025 ». Le constat est nettement en deçà de cette trajectoire. Si l’exécutif souligne que « la croissance est demeurée positive sur la période 2020-2025 », il reconnaît qu’elle reste « en deçà des ambitions de la stratégie ».
Loin des 8,5 % visés pour 2025, « les taux de croissance sur la période 2020 à 2025 ont respectivement été de : 0,3 % ; 3,3 % ; 3,7 % ; 3,2 % ; 3,5 % et 3,8 % », indique l’évaluation. Autrement dit, à dix ans de l’horizon 2035, la croissance stagne autour de 3 %.
Croissance insuffisante, pauvreté encore élevée
Cette dynamique reste trop faible pour transformer les autres indicateurs socio-économiques. Le gouvernement s’était fixé « pour objectif de ramener le taux de pauvreté monétaire à 25 % en 2030 tout en réduisant de manière significative les inégalités ».
Or, sur la base de la 5ᵉ Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM 5), publiée en mars 2024, « le taux de pauvreté en 2022, c’est-à-dire la proportion des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (813 FCFA par jour), est de 37,7 % », relève l’évaluation à mi-parcours de la SND30.
Le document précise que « ce niveau de pauvreté correspond à environ 10,1 millions de personnes, réparties dans l’ensemble du pays », pour une population estimée à environ 29 millions d’habitants. L’écart avec la cible de 25 % en 2030 souligne la difficulté à traduire la croissance, même positive, en réduction rapide de la pauvreté.
Comptes extérieurs et indicateurs monétaires contrastés
Sur le plan externe, la SND30 prévoyait une amélioration du déficit courant de la balance des paiements, qui devait passer de -3,4 % du PIB en 2020 à -2,6 % en 2025. En réalité, ce déficit s’est « accru jusqu’en 2023, atteignant -5,2 % du PIB ».
Le gouvernement se montre toutefois plus optimiste pour la suite : le déficit courant est attendu à -2,8 % du PIB à la fin de l’année 2024, ce qui ramènerait l’indicateur plus près de la cible, sans l’atteindre.
Tous les signaux ne sont pas négatifs. L’exécutif se félicite de ce que « le déficit global a pu être maîtrisé à -1,4 % ». Par ailleurs, la « masse monétaire a légèrement dépassé les prévisions, atteignant 27,7 % du PIB », alors que le crédit à l’économie reste inférieur à la cible, avec un niveau de 17,5 % contre une prévision initiale de 23,2 %. Cette configuration traduit une liquidité globale relativement abondante, mais un canal de financement de l’économie réelle moins dynamique qu’escompté.
Chocs externes, contraintes internes et risque sur l’émergence
Pour expliquer ces contre-performances, le gouvernement met en avant une série de chocs externes : la pandémie de Covid-19, la guerre russo-ukrainienne et le conflit israélo-palestinien. Sur le plan interne, l’instabilité persistante dans trois des dix régions du pays est également pointée comme un frein à l’exécution de la SND30 et à l’attractivité économique.
L’exécutif revendique néanmoins une attitude « volontariste » dans la mise en œuvre de la stratégie et impute une partie des écarts au « caractère interdépendant des économies (qui) limite la portée des efforts pourtant consentis en interne, notamment au plan de la croissance et des revenus ».
Les autorités n’en demeurent pas moins préoccupées par le rythme de la croissance. Elles soulignent que « le retard de croissance, qui est de l’ordre de trois points en moyenne annuelle, correspond à un risque élevé de compromettre l’ambition d’émergence ». Le Cameroun s’est donné pour objectif de devenir un pays émergent à l’horizon 2035, ce qui correspond, selon le gouvernement, à un niveau de croissance de 10 % en moyenne annuelle. À dix ans de cette échéance, la stagnation autour de 3 % souligne l’ampleur de l’ajustement à opérer pour respecter la trajectoire fixée par la SND30.
Ludovic Amara
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