C’est un message qui fait déjà grincer des dents à Yaoundé.
Dans une lettre rendue publique ce 17 octobre 2025, Issa Tchiroma Bakary, président du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), s’adresse directement aux forces de défense et de sécurité. Il leur demande de rester du côté du peuple et non de “ceux qui trahissent la Constitution”.
« Vous n’êtes pas les instruments d’un homme, mais les boucliers du peuple », écrit-il dans un ton solennel.
Un texte fort, à la fois patriotique et subversif, qui divise déjà la classe politique camerounaise. Jusqu’où ira cet appel inédit ?
⚖️ Issa Tchiroma interpelle l’armée : “Ne tirez pas sur le peuple”
Dans cette lettre intitulée “Appel à la responsabilité de nos forces de défense et de sécurité”, Issa Tchiroma adopte un ton grave, presque testamentaire.
Il y dénonce « les manœuvres contraires à la vérité des urnes » qui auraient, selon lui, détourné le résultat du scrutin du 12 octobre.
« Le peuple a parlé dans les urnes. Son choix doit être respecté », insiste-t-il.
S’adressant directement aux soldats, il affirme :
« Vous avez prêté serment à la Constitution, et non à une photo ou à des ordres venus d’un entourage invisible. »
Pour l’ancien ministre de la Communication, désormais en opposition ouverte au régime, il est hors de question que l’armée devienne l’outil d’un “pouvoir illégalement prolongé”.
Il appelle donc les hommes en tenue à refuser les ordres injustes et à protéger les citoyens, évoquant même la “responsabilité personnelle et historique” de chaque soldat devant Dieu et la Nation.
🧩 Un discours entre patriotisme et provocation politique
Cette sortie d’Issa Tchiroma intervient dans un climat de tension post-électorale, marqué par des manifestations sporadiques et des accusations croisées de fraude.
Dans la capitale comme dans plusieurs villes de province, la population reste suspendue à la proclamation officielle des résultats.
Pour plusieurs observateurs, le ton employé par l’ancien porte-parole du gouvernement est sans précédent :
« C’est une mise en garde déguisée à l’armée, une façon de dire : choisissez entre le peuple et le pouvoir », analyse un politologue de l’Université de Douala.
Mais pour ses partisans, il ne s’agit ni d’une provocation, ni d’un appel à la rébellion :
« C’est un cri du cœur d’un patriote qui refuse de voir son pays replonger dans le chaos », explique un cadre du FSNC contacté par 237online.com.
🕊️ Un message à double tranchant
En choisissant de s’adresser directement aux forces armées, Issa Tchiroma sait qu’il marche sur une ligne fine.
Son texte, bien que ponctué de références à Dieu et à la République, peut être perçu par le régime comme une tentative de politisation de l’armée — un sujet hautement sensible au Cameroun.
Pourtant, le leader du FSNC se veut clair :
« Le peuple n’attend pas de vous la peur, il attend la justice. Il n’attend pas la division, il attend l’honneur. »
L’ancien ministre conclut son message par une prière :
« Que Dieu bénisse notre armée, notre peuple, et le Cameroun. »
Un ton presque prophétique, qui, selon certains, pourrait relancer son image politique après plusieurs années de silence et de controverses.
Entre patriotisme sincère et stratégie politique, la sortie d’Issa Tchiroma Bakary marque une nouvelle étape dans la crise post-électorale.
S’il se présente comme la voix du peuple trahi, ses mots risquent d’être interprétés comme une provocation dangereuse par le pouvoir en place.
Le Cameroun est à la croisée des chemins : entre la loyauté institutionnelle et l’appel à la conscience patriotique.
Reste une question essentielle : jusqu’où l’armée écoutera-t-elle ce message ?



