La tension est montée d’un cran ce mercredi 15 octobre 2025 à Dschang, dans la région de l’Ouest. Des manifestants, furieux après les soupçons de fraude électorale liée à la présidentielle du 12 octobre, ont pris d’assaut le palais de justice avant d’y mettre le feu.
« On ne veut plus de mascarade ! », criaient des jeunes, drapeaux à la main, au milieu des flammes et des gaz lacrymogènes.
Les forces de l’ordre, débordées un instant, ont tenté de reprendre le contrôle de la ville, plongée dans un climat de révolte généralisée. Le Cameroun n’avait pas connu pareille scène depuis des années.
Dschang sous tension : bâtiments publics incendiés et affrontements violents
Selon plusieurs témoins, les manifestations ont commencé tôt ce matin, après la diffusion d’informations faisant état de tripatouillages dans les procès-verbaux électoraux.
Les protestataires ont bloqué les routes principales, notamment au carrefour Gendarmerie, avant de s’en prendre aux symboles du pouvoir :
« Le palais de justice brûle, la maison du RDPC aussi ! » rapportait un habitant joint par téléphone.
Un véhicule a été incendié devant le commissariat central, tandis que des échauffourées ont opposé civils et forces de l’ordre. Des tirs de sommation et des jets de gaz lacrymogène ont retenti dans plusieurs quartiers, notamment Tchoualé, Keleng et Tchoualé II.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos en direct montrent des foules en colère, scandant des slogans hostiles au régime et appelant à « respecter la vérité des urnes ».
« Trop, c’est trop ! Que Paul Biya parte ! », pouvait-on lire sur une banderole improvisée devant la sous-préfecture.
Les autorités appellent au calme
Face à la montée des tensions, le colonel Abba Saidou, commandant de la Légion de gendarmerie de l’Ouest, a pris la parole dans une vidéo virale publiée en soirée :
« La situation est sous contrôle. Les assaillants sont encerclés dans la résidence du recteur de l’Université de Dschang. »
Il a assuré que les forces de sécurité maîtrisent les foyers d’incendie, mais plusieurs habitants affirment le contraire.
Selon un responsable local, le préfet du Menoua aurait demandé le renfort des troupes venues de Bafoussam pour sécuriser la ville.
Les autorités régionales redoutent désormais un effet domino : après Douala, Bazou, et Bafoussam, Dschang devient la quatrième ville à s’embraser dans le cadre de la contestation électorale.
Une colère qui dépasse Dschang
Cette flambée de violence met en lumière le profond malaise électoral qui secoue le pays depuis la proclamation des résultats provisoires.
À Yaoundé, ELECAM dénonce une « manipulation orchestrée », tandis que plusieurs candidats d’opposition appellent à une mobilisation citoyenne pacifique.
Mais sur le terrain, la réalité est tout autre : frustration, suspicion et colère nourrissent désormais la rue.
« Ce n’est pas seulement une histoire de vote, c’est une question de respect du peuple », confie un jeune manifestant rencontré à Dschang.
Alors que la fumée s’élève encore sur les collines de la Menoua, une question brûlante se pose : jusqu’où ira la contestation ?



