C’est une interpellation rare et audacieuse. Ce mercredi 15 octobre 2025, le vice-président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Mamadou Mota, a adressé une lettre ouverte au président Paul Biya, intitulée « L’Urgence de la Volonté Populaire et l’Honneur de l’Histoire ».
Dans ce texte empreint de gravité, Mota exhorte le chef de l’État à écouter la voix des urnes et à accepter pacifiquement le verdict du peuple.
« Les urnes ont parlé », écrit-il, évoquant une victoire supposée d’Issa Tchiroma Bakary. Le ton est solennel, presque testamentaire. Mais Paul Biya entendra-t-il cet appel à la raison ?
Une lettre symbolique dans un contexte explosif
Selon Mamadou Mota, le Cameroun traverse une phase décisive de son histoire politique.
Dans sa lettre publiée sur les réseaux sociaux, il décrit un pays où les tensions post-électorales s’exacerbent, et où « des hommes de l’ombre » chercheraient à “profaner le vote populaire”.
« Ces apparatchiks sont vos bourreaux, Monsieur le Président, car ils menacent de souiller votre sortie par le feu et le sang », écrit-il sans détour.
L’opposant, connu pour son franc-parler, en appelle à un dernier sursaut d’honneur de Paul Biya :
« Calmez-les ! C’est le dernier acte de souveraineté qu’il vous reste à accomplir. Votre honneur se joue dans l’acceptation du jugement populaire. »
Pour Mota, la sagesse d’un grand homme d’État réside non pas dans la durée du pouvoir, mais dans la capacité à s’en détacher dignement.
Paul Biya face à “l’Histoire”
Le message est clair : Mamadou Mota invite le chef de l’État à quitter la scène politique “la tête haute”, dans la paix et la reconnaissance.
« Vous avez été Le Président. Aujourd’hui, vous pouvez devenir L’Ancien », écrit-il, citant un ton d’admiration teinté de défi.
Ce texte intervient alors que les résultats officiels du scrutin du 12 octobre ne sont toujours pas proclamés, et que plusieurs candidats dénoncent des “falsifications” présumées.
Le moment est donc stratégique : en publiant cette lettre, Mota se positionne comme la voix morale de l’opposition, plaidant pour une transition apaisée.
À Yaoundé, cette sortie n’est pas passée inaperçue. Certains observateurs y voient une “adresse au patriarche”, d’autres une provocation calculée. Mais tous s’accordent : le ton est inédit.
Un appel au dépassement et à la paix
La conclusion de Mamadou Mota sonne comme une prière républicaine :
« L’Histoire vous regarde. Ne lui offrez pas le spectacle amer d’une fin de règne ternie par la violence. Quittez la scène pacifiquement. »
Au-delà des considérations partisanes, ce texte fait écho à une fatigue collective. Dans les rues de Yaoundé et Douala, beaucoup souhaitent tourner la page dans la paix.
Reste à savoir si, cette fois, le message sera entendu au sommet de l’État.



