Depuis la clôture du scrutin présidentiel du 12 octobre, des captures d’écrans, listes manuscrites et tableaux chiffrés prétendant donner les résultats du vote circulent massivement sur les réseaux sociaux. Facebook, WhatsApp et X (ex-Twitter) se sont transformés en véritable champ de bataille numérique, chacun avançant ses propres “scores”. Pourtant, seul le Conseil constitutionnel est habilité à proclamer les résultats officiels. Alors, que se cache-t-il derrière cette déferlante de faux chiffres ?
Des “résultats” fabriqués à la craie et au clavier
Sur la toile, tout y passe : photos de tableaux griffonnés dans des écoles, fichiers Excel bricolés ou montages d’écran imitant des documents officiels.
Certaines publications affirment donner les “tendances” d’une région ou d’un arrondissement, mais la plupart ne reposent sur aucune source vérifiable.
Le Code électoral camerounais est pourtant clair : après le dépouillement, les procès-verbaux sont centralisés par Elections Cameroon (ELECAM), puis validés par le Conseil constitutionnel. Toute autre publication avant cette instance est illégale.
Malgré cela, plusieurs internautes – souvent à l’étranger – se livrent à une guerre d’influence, diffusant des chiffres fantaisistes pour orienter l’opinion.
« L’administration passera à l’offensive pour mettre fin à cette imposture », a averti le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, dimanche soir à Yaoundé.
Fake news électorales : un nouveau fléau national
Selon des sources internes à ELECAM, plus de 31 600 bureaux de vote doivent être compilés avant toute communication officielle.
Pourtant, des publications isolées circulent déjà, parfois même sous des identités usurpées de médias internationaux.
La radio RFI a dû démentir ce lundi un faux article qui lui attribuait des chiffres inventés.
« Ces images n’ont aucune valeur juridique. Elles ne reflètent pas le travail de compilation en cours », a précisé Erik Essousse, directeur général d’ELECAM.
Ces manipulations numériques, souvent orchestrées par des “influenceurs politiques” basés à Douala, Yaoundé ou Paris, visent à semer le doute sur la transparence du scrutin.
Un citoyen rencontré à Bonabéri confiait :
« On ne sait plus qui croire. Chaque minute, un nouveau tableau apparaît avec des chiffres différents ! »
Les autorités appellent au calme
Le ministère de l’Administration territoriale a réitéré que toute tentative de proclamation parallèle serait sévèrement sanctionnée.
Les Camerounais sont invités à patienter jusqu’à la proclamation officielle par le Conseil constitutionnel, attendu dans les quinze prochains jours.
Dans un contexte post-électoral déjà tendu, cette prolifération de fake news alimente la peur et la méfiance. Les autorités craignent que ces intox servent de prétexte à des troubles dans certaines zones sensibles.
« Nous appelons les citoyens à la vigilance. Ce n’est pas sur Facebook qu’on choisit un président », a conclu un membre du gouvernement.
Un enjeu démocratique majeur
Au-delà de la polémique, cette situation relance le débat sur la responsabilité numérique au Cameroun.
Comment concilier liberté d’expression et fiabilité de l’information en période électorale ?
Le défi reste immense pour un pays où plus de 10 millions d’utilisateurs sont actifs chaque jour sur les réseaux sociaux.
Pour l’heure, une chose est sûre : les “résultats” qui circulent sur la toile ne valent rien sans la validation officielle. Le dernier mot revient au Conseil constitutionnel.



