(Investir au Cameroun) – Le secteur camerounais des hydrocarbures a enregistré un excédent commercial net de 164 milliards de FCFA (266 millions de dollars) au premier trimestre 2025, en progression de 28 % par rapport à la même période de 2024. Cette amélioration intervient malgré la contraction des recettes d’exportation de pétrole brut, grâce à une chute marquée des importations qui a compensé le ralentissement du brut.
Selon l’Institut national de la statistique (INS), les exportations d’hydrocarbures ont atteint 343 milliards de FCFA, en recul de 4,7 % contre 360 milliards un an plus tôt. Le brut, toujours dominant, a rapporté 212 milliards de FCFA (62 % du total), tandis que le gaz naturel liquéfié (GNL) a généré 122 milliards, en hausse de 14,7 % sur un an. Les produits raffinés ont ajouté 9 milliards. En volume, les exportations se sont établies à 1,12 million de tonnes, soit une baisse de 1,7 %.
Brut en déclin, gaz en expansion
Le pétrole brut reste confronté à de fortes contraintes structurelles. Ses recettes ont chuté de 14,4 % au premier trimestre, en raison d’une baisse de la production de 7,9 %, tombée à 681 000 tonnes. Les bassins de Rio del Rey et Douala/Kribi-Campo voient leur production s’éroder, sous l’effet du vieillissement des champs et de coûts de récupération accrus, sans nouvelles découvertes notables pour inverser la tendance.
À l’inverse, le GNL confirme son rôle de relais de croissance : ses volumes exportés ont progressé de 10,3 %, atteignant 421 000 tonnes, soutenus par des contrats d’approvisionnement avec des opérateurs internationaux.
Les importations d’hydrocarbures ont reculé plus fortement encore, à 179 milliards de FCFA contre 232 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 22,9 %. Les carburants et lubrifiants en représentent 160 milliards, contre 18 milliards pour le butane. En volume, les importations se sont contractées de 13,8 %, à 372 000 tonnes, un recul lié en partie au repli des cours internationaux. Le Brent s’est négocié entre 80 et 85 dollars le baril au début de 2025, contre plus de 100 dollars en 2022.
Le taux de couverture du secteur (rapport exportations/importations) s’est nettement amélioré, passant de 155 % à 192 % en un an, traduisant près du double de recettes d’exportation par rapport aux coûts d’importation. Hors brut, le solde commercial reste déficitaire, mais l’écart s’est considérablement réduit grâce à la montée des ventes de GNL et à la contraction des achats de produits raffinés.
Perspectives
Pour l’ensemble de l’année 2024, les exportations d’hydrocarbures se sont élevées à 1 430 milliards de FCFA, en recul de 11,8 % par rapport à 2023. Les importations, elles, ont reculé de 11,5 % à 1 030 milliards de FCFA. L’excédent annuel a ainsi atteint 392 milliards, en baisse pour la deuxième année consécutive, après un record historique de 1 040 milliards en 2022, année marquée par la flambée des prix du pétrole et du gaz liée à la guerre en Ukraine. La production de brut a atteint en moyenne 58 000 barils/jour en 2024, contre près de 61 000 en 2022.
Entre 2019 et le premier trimestre 2025, les hydrocarbures ont généré un excédent net cumulé de 3 200 milliards de FCFA, confirmant leur poids structurel dans les comptes extérieurs du Cameroun, mais aussi leur forte vulnérabilité aux aléas des cours mondiaux et aux dynamiques de production domestique.
Les résultats du premier trimestre 2025 témoignent d’un redressement conjoncturel du solde commercial. Mais la trajectoire de long terme dépendra de nouveaux investissements dans l’amont pétrolier et gazier, et surtout des efforts pour réduire la dépendance persistante aux importations de produits raffinés.
Idriss Linge



