Deux mois. C’est la durée de l’absence de Paul Biya, parti de Yaoundé le 7 juin 2026 pour un séjour privé en Europe. Le gouvernement jure que le pouvoir tourne normalement. Mais sur le terrain, les décisions s’accumulent en attente, les marchés s’inquiètent et l’opposition monte au créneau. Franchement, difficile de continuer à parler de simple séjour privé quand tout un pays semble tenir sa respiration.
Un pilotage à distance qui montre ses limites
Depuis Genève, le chef de l’État camerounais continue de signer des décrets. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a exclu toute hospitalisation et assure que Paul Biya se porte bien. Des nominations dans l’armée ont même été validées ces dernières semaines, preuve, selon l’exécutif, que l’État fonctionne sans accroc.
Le truc, c’est que cette version officielle peine à convaincre. La réforme constitutionnelle d’avril 2026 prévoyait la nomination d’un vice-président, une étape jugée essentielle pour verrouiller toute transition future. Cette nomination reste suspendue, purement et simplement, en attendant le retour du président.
Les rumeurs, elles, ne faiblissent pas. Certains s’interrogent ouvertement sur l’authenticité des signatures apposées sur les décrets émis depuis l’étranger.
Ça pose question, forcément, quand un pays de 28 millions d’habitants dépend d’un homme de 93 ans injoignable depuis deux mois.
L’opposition, à travers plusieurs formations dont le Social Democratic Front, réclame l’application de l’article 6 de la Constitution. L’objectif est clair : pousser le Parlement à saisir le Conseil constitutionnel pour faire constater officiellement une vacance du pouvoir. Un scénario que le pouvoir en place refuse d’envisager, évidemment.
Les marchés sanctionnent, les investisseurs attendent
Pendant que les politiques se déchirent sur l’interprétation des textes, les agences de notation ont déjà tranché à leur manière. Fitch Ratings maintient le Cameroun à « B » avec perspective négative. Moody’s, de son côté, classe le pays à « Caa1 », une note qui traduit un risque de défaut jugé très élevé.
Sur les marchés, la sanction est immédiate et chiffrée. Les Eurobonds camerounais figurent parmi les moins performants du continent, selon les données de Bloomberg. Les investisseurs exigent des primes de risque que peu d’acteurs sont prêts à payer, ce qui complique sérieusement le refinancement de la dette publique du pays.
C’est un signal que les autorités ne peuvent plus ignorer, quoi qu’elles en disent publiquement.
Le secteur privé, lui, a choisi la prudence. Les grands chantiers d’infrastructure restent gelés, faute de validations qui nécessitent l’aval direct du palais d’Etoudi. Les chefs d’entreprises camerounais retiennent leurs investissements majeurs, redoutant une transition mal négociée. La jeunesse observe, elle, avec une anxiété qui grandit à mesure que les semaines passent sans nouvelle image du président.
On attendait, à ce stade, au minimum une clarification publique sur l’agenda de retour. Elle ne vient toujours pas.
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.

