Il est 18h à Yaoundé ce dimanche 2 août, et autour d’une table, un groupe de jeunes attire l’attention. Ils ont à peine 18 ans. Boire de la bière est devenu « cool » pour de plus en plus d’adolescents camerounais, clients assidus des débits de boissons. Cette tendance de l’alcoolisme juvénile inquiète autant qu’elle interroge.
Des mineurs, des tournées, une clientèle qui ne trompe personne
Le décor est le même partout, ou presque. Une grande table garnie de bières, des rires, Donald N., étudiant, lance des phrases entre potes du genre « tu bois, tu meurs, tu ne bois pas, tu mourras ». L’humour masque mal une réalité que Chantal K., gérante d’un snack bar au quartier Melen, connaît bien.
« Chez nous la vente est pratiquement systématique », admet-elle. Certains établissements demandent une pièce d’identité. D’autres non. Selon Chantal K., plusieurs dizaines de jeunes défilent quotidiennement dans son snack, surtout le matin et le soir.
La loi autorise la vente d’alcool à partir de 18 ans, mais il faut en avoir 21 pour l’acheter. Personne ne s’y est vraiment opposé sur le terrain.
Un phénomène de société que la fête ne suffit plus à expliquer
Nicodème Antuenshiewo Aretoyuap, sociologue, parle d’une « tragédie humaine ». Selon lui, la consommation d’alcool échappe désormais à tout contrôle familial. L’enfant grandit avec des parents qui boivent, il reproduit ce modèle par mimétisme, plus par plaisir que par choix réel. La disponibilité de la bière à chaque coin de rue accentue la tendance.
Le chiffre fait mal : jusqu’à 80% des jeunes consommateurs seraient en situation de mésusage, selon Health Sciences and Diseases. Difficile de ne pas y voir un problème de santé publique qui dépasse largement la simple question de moeurs.
Les professionnels de santé rappellent au quotidien les conséquences, dépendance, troubles de foie, maladies cardiovasculaires. Ils évoquent aussi la baisse de vigilance liée à l’alcool, un facteur aggravant dans les accidents de la route et les violences.
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

