l’armée camerounaise défie les règles


87 ans. C’est l’âge du général le plus âgé encore en activité au Cameroun. Le GCA Meka René-Claude a été nommé il y a des décennies. Il devrait être à la retraite depuis 26 ans. Pourtant, il figure toujours sur les listes officielles des commandements. Sur 37 généraux en poste, 16 ont dépassé l’âge légal de 61 ans. C’est simple : l’armée camerounaise a ses propres règles.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Le détail est frappant. Parmi les 37 généraux, 9 ont plus de 70 ans. Certains noms reviennent comme le GD Mohamadou Saly, 77 ans, ou le GD Mahamat Ahmed, 74 ans. Ces hommes sont théoriquement à la retraite depuis des lustres. Mais ils restent en poste.

Le problème n’est pas nouveau. En 2018, une tentative de mise à la retraite avait été amorcée. Un décret présidentiel avait poussé plusieurs généraux vers la sortie. Mais d’autres sont restés. Et de nouvelles promotions ont même été faites. Les décrets de nomination ou de maintien en activité sont fréquents sans que les âges soient vraiment pris en compte.

Il faut donc lire entre les lignes. La règle est claire. Pourtant, son application est tellement souple qu’elle en devient presque inexistante. Les cas qui posent question sont nombreux, comme celui du GDA Momha Jean-Calvin (68 ans) ou du GB Eba Eba Bede Benoit (68 ans). Franchement, le chiffre fait mal. Plus de 40 % des généraux en poste devraient être à la retraite. C’est une anomalie statistique qui ne peut plus passer inaperçue.

Les plus jeunes, comme le GB Ngolo Ngomba Tobie Gabriel (52 ans), sont rares. La pyramide des âges est totalement déséquilibrée. Une vingtaine de généraux seulement sont en dessous de 65 ans. Le reste, c’est du passé qui s’accroche.

Une réforme nécessaire ou un tabou ?

Pourquoi ces officiers restent-ils en place ? La question est politique et stratégique. Le président de la République nomme et maintient les généraux. C’est un levier de pouvoir. Mais maintenir des hommes de 80 ans aux commandes, dans un contexte sécuritaire tendu, ça pose question. Un général de 87 ans, même compétent, ne peut physiquement assurer les missions de terrain. Surtout avec la menace Boko Haram à l’Extrême-Nord ou la crise anglophone.

D’autres pays africains ont fait des choix clairs. Au Nigeria, les généraux sont mis à la retraite à 60 ou 62 ans. Le Sénégal applique la règle sans détour. Au Cameroun, la règle existe. Mais elle est contournée par des dérogations permanentes. C’est un signal.

Les observateurs y voient une logique de récompense. Les généraux qui ont servi fidèlement le régime restent en poste. On les écarte rarement. C’est aussi un moyen de garder des loyalistes sous la main. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Une armée avec des cadres vieillissants bloque l’avancement des jeunes officiers.

Les promotions sont rares. Des colonels attendent 10, 15 ans avant de voir les étoiles. Le système crée une frustration. Les générations montantes, formées dans des académies modernes, sont bloquées par des généraux qui ont connu le président Ahidjo. Le décalage est criant. Il faut une réforme. Ou une application stricte des textes existants. Sinon, le Cameroun continuera d’avoir l’armée la plus âgée de la sous-région.

Christiane Tamoura Engo

Christiane Tamoura Engo

Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.


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