Le séjour de Paul Biya en Suisse dépasse la cinquantaine de jours et tout Yaoundé ne parle que de ça. Cinquante jours d’absence, c’est un record inédit pour le chef de l’État âgé de 93 ans. Pendant que des publications sur les réseaux sociaux évoquent de lourdes opérations cardiaques à la clinique Générale-Beaulieu, le Cabinet civil tente de calmer le jeu. Samuel Mvondo Ayolo affirme que le président travaille normalement. Mais la pilule a du mal à passer.
Une communication officielle face à la tempête des rumeurs
Dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique, le ministre directeur du Cabinet civil Samuel Mvondo Ayolo a tenu à recadrer les choses avec fermeté. Selon la version du Palais, le chef de l’État n’a jamais été admis à l’hôpital durant ce voyage débuté le 7 juin 2026. L’entourage présidentiel maintient qu’il s’agit uniquement d’un arrêt privé ordinaire. Mvondo Ayolo indique que le président a même réuni des proches autour d’une table à Évian et continue de gérer les dossiers de la nation depuis l’Europe. Des décrets de nomination à la Société nationale des hydrocarbures ont d’ailleurs été rendus publics récemment, ce qui montre un fonctionnement institutionnel maintenu.
Pourtant, cette sortie officielle peine à éteindre l’incendie médiatique. Des activistes comme Paul Chouta affirment de leur côté que le président aurait subi quatre opérations lourdes, dont un pontage coronarien. Rien ne confirme à ce stade ces actes chirurgicaux. Le flou demeure complet et ça pose question.
La vacance politique en filigrane
À Yaoundé, la situation devient de plus en plus pesante pour les citoyens comme pour la classe politique. Le Secrétaire général de la présidence Ferdinand Ngoh Ngoh gère les affaires courantes dans la capitale, mais le vide physique laissé au sommet se fait sentir. Ce séjour prolongé de Paul Biya en Suisse bat tous les records de longévité hors du territoire national. On attendait mieux en matière de transparence sur l’état de santé du président.
Difficile de ne pas y voir un blocage institutionnel déguisé.
Pendant que la présidence tente de rassurer, la Constitution révisée prévoit un poste de vice-président qui n’a toujours pas été attribué. Les Camerounais observent ce ballet diplomatique entre Genève, Paris et Yaoundé avec une prudence teintée d’agacement. Entre les signatures de textes à distance et l’absence d’images récentes, chacun y va de son interprétation. La suite des événements dépendra du retour du chef de l’État dans les prochains jours.
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l’actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l’Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s’attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora.

