(Investir au Cameroun) – Hydro-Mekin veut établir l’ampleur exacte des travaux nécessaires à la remise en état de sa centrale hydroélectrique de 15 MW, construite sur le fleuve Dja, dans la région du Sud. L’entreprise publique a engagé une consultation restreinte en vue de recruter un cabinet chargé de réaliser un diagnostic technique complet, une étude d’avant-projet détaillé et le dossier de consultation des entreprises qui exécuteront les futurs travaux.
Selon l’avis publié par Hydro-Mekin, le marché est doté d’une enveloppe prévisionnelle de 150 millions de FCFA, financée sur le budget autonome de la société au titre de l’exercice 2026. La mission devra être réalisée dans un délai de quatre mois.
Elle vise à définir les interventions requises après « deux événements majeurs » ayant affecté les installations. L’avis ne précise toutefois ni la nature de ces incidents ni l’étendue des dommages occasionnés.
Le consultant retenu devra notamment examiner les rapports d’évaluation produits par le constructeur ainsi que les documents de maintenance établis avant et après les incidents. Il lui reviendra également d’évaluer l’état des équipements, de définir les solutions techniques à mettre en œuvre, d’en estimer le coût et de préparer le dossier destiné au recrutement des entreprises de travaux.
Trois cabinets internationaux ont été présélectionnés : le groupe français Artelia, la société canadienne CIMA International et le bureau français ISL Ingénierie. La procédure ne porte donc pas encore sur l’attribution des travaux de réhabilitation eux-mêmes, mais sur la sélection du consultant qui devra en préciser le contenu technique et financier.
Une centrale durablement fragilisée par les incidents techniques
Cette nouvelle expertise intervient alors que la centrale de Mekin peine à fonctionner durablement à sa capacité nominale depuis l’achèvement de sa construction. D’une puissance installée de 15 MW, l’ouvrage devait renforcer l’alimentation électrique de la région du Sud et injecter sa production dans le Réseau interconnecté Sud.
Mais le projet a accumulé les retards et les difficultés techniques, environnementales et administratives. Annoncée depuis 2015, la mise en service de la centrale a été reportée à plusieurs reprises. L’installation a finalement été mise sous tension en juin 2019, sans parvenir à entrer immédiatement dans une exploitation commerciale stable.
En 2020, une panne de la « bobine du point neutre » avait notamment entraîné l’arrêt de l’ouvrage. Après le remplacement de cet équipement, Hydro-Mekin avait engagé de nouveaux essais en vue d’une mise en service commerciale initialement annoncée pour janvier 2021.
Les premières injections d’électricité dans le réseau n’ont finalement débuté qu’en 2022. La réception définitive de l’aménagement, construit par l’entreprise chinoise China National Electric Engineering Corporation, avait alors été annoncée pour le quatrième trimestre de la même année.
La nouvelle consultation montre cependant que la centrale nécessite encore des interventions lourdes. Le diagnostic attendu devra permettre de distinguer les équipements réparables de ceux qui doivent être remplacés et de déterminer si les incidents ont affecté uniquement certains composants ou plus largement la fiabilité de l’aménagement.
Le coût réel de la remise en état reste à déterminer
L’enveloppe de 150 millions de FCFA annoncée par Hydro-Mekin ne correspond pas au coût des travaux. Elle finance uniquement les études techniques, l’avant-projet détaillé et la préparation des documents d’appel d’offres.
Le montant de la réhabilitation ne pourra être établi qu’à l’issue de cette mission. Il dépendra notamment de l’état des groupes de production, des installations électriques, des automatismes, des équipements hydromécaniques et des dispositifs de raccordement au réseau.
L’étude devra ainsi fournir à Hydro-Mekin une feuille de route technique et financière avant l’engagement de nouveaux investissements. Elle devra également limiter le risque de lancer des travaux sur la base d’un diagnostic incomplet, dans un projet déjà marqué par plusieurs reports et interventions correctives.
Un actif de 15 MW à remettre durablement en production
La réhabilitation de Mekin intervient dans un contexte où le Cameroun cherche à sécuriser son approvisionnement électrique, en combinant la construction de nouvelles capacités et la remise en état des infrastructures existantes.
À l’échelle du système électrique national, les 15 MW de Mekin restent modestes. Mais la disponibilité de la centrale représente un enjeu plus important pour la région du Sud, où elle devait améliorer la qualité de l’alimentation et réduire les contraintes pesant sur le réseau.
Pour Hydro-Mekin, l’enjeu consiste désormais à rendre pleinement opérationnel un actif dans lequel d’importantes ressources publiques ont déjà été investies. La réussite de la prochaine phase dépendra toutefois du diagnostic des équipements, du financement des travaux et de la capacité de l’entreprise à éviter une nouvelle succession de réparations ponctuelles sans exploitation durable.
Amina Malloum
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