Au Sénégal, la politique prend un tour inattendu. Ousmane Sonko s’apprête à prendre la présidence de l’Assemblée nationale dès mardi. Et la Constitution sénégalaise est formelle : si Bassirou Diomaye Faye venait à démissionner, c’est Sonko qui occuperait immédiatement le fauteuil présidentiel. Ce que beaucoup d’électeurs voulaient dès le départ en 2024.
Ce que dit la Constitution sénégalaise
C’est simple. En cas de vacance de la présidence, pour démission, décès ou empêchement définitif, le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim. C’est ce que prévoient les articles 39 et 32 de la Constitution, tels que modifiés. En cas d’empêchement de ce dernier, le premier vice-président de l’Assemblée prend le relais.
L’intérimaire dispose alors de 60 à 90 jours pour organiser une élection présidentielle.
Sonko à la tête de l’Assemblée nationale, c’est donc une position constitutionnellement stratégique. Pas juste un poste honorifique. Si Diomaye vacille, Sonko est en pole position.
Et la situation de Diomaye Faye n’est pas anodine. Depuis sa prise de fonction en 2024, aucun Premier ministre n’a encore été nommé. Il rencontre en ce moment d’anciens Premiers ministres, officiellement pour recueillir leur expérience. Certains observateurs y voient une façon de gagner du temps. D’autres, une préparation discrète à une transition.
Le scénario que personne ne veut nommer
Pourtant, les chiffres ne mentent pas. Sonko a été le vrai moteur de la campagne présidentielle de 2024. C’est lui qui a mobilisé les foules, construit le projet, fédéré la base militante du Pastef. Diomaye Faye était le candidat de substitution, imposé par les circonstances judiciaires. Une partie des électeurs n’a jamais caché vouloir Sonko à la présidence.
La question qui flotte sans réponse : Diomaye Faye gouverne-t-il vraiment, ou prépare-t-il lui-même sa sortie ?
On ne sait pas encore ce que cache ce calendrier politique. Mais la mécanique constitutionnelle est désormais en place. Sonko à l’Assemblée, Diomaye sans Premier ministre, une Constitution qui prévoit tout. Ce n’est peut-être pas un hasard.
Pour les observateurs africains, et les Camerounais qui regardent de près les transitions politiques en Afrique de l’Ouest, ce scénario sénégalais rappelle que les constitutions peuvent être de redoutables instruments politiques quand les acteurs les maîtrisent bien.
Le vrai test sera la nomination, ou non, d’un Premier ministre dans les prochaines semaines. C’est là que le scénario se dessinera vraiment.
Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l’actualité politique et diplomatique du continent africain.

